Même s’il semble avoir trouvé à Montréal un domicile qui lui convienne, la quête d’un lieu propre (qu’attestent de nombreux titres) demeure le fil conducteur des expositions qu’Art Mûr consacre à cet artiste tous les deux ans depuis 2010.*

Et ce, alors même qu’il s’éloigne de plus en plus de la figuration architectonique de ses premières œuvres, pour s’installer dans une abstraction polymorphe. Cette mise en composition des figures les plus diverses d’une rhétorique non-objective — volumes hard-edge délités à coups de pinceau apparents, élans gestuels rentrant abruptement dans le rang, lignes de démarcation baveuses et dégoulinures étudiées à contre-sens, tracés projetés et transparences délavées — doit beaucoup à la pratique musicale de DJ de l’artiste, consistant à dégager un rythme émergent de la compénétration d’éléments divergents.

Kiernander se réclame pourtant d’une démarche paysagiste, affermie ces derniers temps par la fréquentation de l’œuvre de Peter Lanyon (1918-1964), peintre qui, parmi l’avant-garde britannique de l’École de St. Ives, avait su réintégrer dans l’abstraction gestuelle l’évocation synthétique de sites de Cornouailles. Mais où se cacheraient ici de semblables références figuratives?

À lire aussi: Trevor Kiernander - La construction d'un monde pictural, Vie des Arts, n° 219, été 2010

Let’s Get Outta Here, 2016
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Night Driving, 2016
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Somewhere Else, Someplace Good, 2016

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Dans le cadre, ou plutôt, dans l’acte du cadrage configurant le regard de l’artiste sur son quotidien urbain. Il en retient les compositions géométriques spontanées d’assemblages, d’affichages et de vitrages, sans nécessairement se référer ultérieurement aux nombreux clichés cellulaires qu’il prend de ces cadres trouvés au gré de ses déambulations, ou alors sur l’écran de son ordinateur, où fenêtres, icônes, vignettes et pubs marginales se bousculent dans un même champ visuel disparate.

Imageries virtuelles et réelles se mêlent ainsi de façon subliminale dans une nouvelle économie du regard. Tel l’espace-temps aplati à la surface d’un trou noir, c’est notre actuel mode de voir qui se répercute l’air de rien sur la toile. Kiernander en déploie adroitement les structures en un kaléidoscope de faux souvenirs composites, rendant habitable la fluence d’un environnement médiatique mixte dans le cadre du répertoire abstrait de la peinture.

Trevor Kiernander
Event Horizon: This Must Be the Place

Galerie McClure, 350, avenue Victoria, Westmount, du 2 au 24 septembre 2016

Atwater->
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Galerie Art Mûr, 5826, rue St-Hubert, Montréal, du 3 septembre au 29 octobre 2016

Rosemont->
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Elevation, 2016
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The Theatre, 2015
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Sunday, 2015

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