L’une des belles surprises de l’été est probablement l’exposition Fenosa-Picasso : une amitié montée au Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul. Certes, elle permet de découvrir Appel.les Fenosa (1899-1988), un sculpteur catalan qui a déployé son oeuvre dans le sillage de Picasso et au milieu du cercle des proches de l’artiste le plus célèbre du XXe siècle. Mais cette exposition que co-signe Clément Paquette restitue surtout l’atmosphère d’une époque où se côtoient les personnalités artistiques qui font l’histoire de l’art. Aujourd’hui méconnu, Fenosa n’en est pas moins l’un des chaînons qui contribue à la cohésion du groupe qu’animent Man Ray, Brassaï, Dora Maar, Gabrielle Chanel, Max Jacob, Paul Éluard, Jean Cocteau. Émouvant et fascinant.

 
Mais l’une des artistes omniprésentes de l’été et de l’automne est assurément Giorgia Volpe dont on peut notamment admirer la rétrospective au Musée du Bas-Saint Laurent à Rivière-du-Loup. Polyvalente, engagée, ludique…Vous lirez le reportage de Christine Dufour.

Ce numéro accorde une large place à la sculpture dans son acception traditionnelle, mais également dans ses formes contestatrices et éclatées. Si les oeuvres de Claude Millette critiquent l’espace sculptural par le truchement de matériaux qui en surlignent la fluidité, tel n’est pas le cas de La Force ouvrière, l’imposant monument de béton et d’acier dressé par Armand Vaillancourt à Longueuil en hommage à Michel Chartrand (1916-2010), le célèbre syndicaliste. Entre les deux, Peter Gnass se moque de la monumentalité des statues glorifi ant de nombreuses figures guerrières et se livre à un humoristique travail de déconstruction.

Toujours dans le registre des trois dimensions, les événements collectifs comme la Triennale internationale des arts textiles de l’Outaouais, la Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières, ou encore la Biennale de sculpture de Saint-Jean Port-Joli, ont rempli leur mission en permettant au public de retrouver des artistes au talent confi rmé et de découvrir de nouveaux talents. Dans ce même esprit, il sera intéressant de suivre les productions qu’annoncent la Biennale de Montréal (18 octobre 2016 - 15 janvier 2017) et, dans une moindre mesure, la Biennale de céramique McClure ( 26 octobre - 27 novembre 2016).

Dans un ordre d’esprit diff érent, nous vous proposons les portraits de deux artistes autochtones : Lawrence Paul Yuxweluptun (page couverture) et Dylan Thomas. Tous deux témoignent avec fi erté de leurs origines dont ils manifestent la présence à travers une iconographie personnelle percutante.

Virgil Hammock rend compte de la situation précaire des artistes francophones du Nouveau-Brunswick à l’occasion de l’ouverture à Moncton d’une galerie d’art commerciale (il n’y en a pas plus de cinq dans cette ville) dont l’exposition inaugurale présente les oeuvres d’artistes évidemment remarquables, mais dont le plus jeune a soixante ans. En dépit de leur expérience, leur notoriété dépasse à peine les frontières de leur province.

À l’image de son titre, Focus : Perfection, Robert Mapplethorpe, l’exposition du Musée des beaux-arts de Montréal est très soignée, pour ne pas dire léchée. Si parfaite qu’elle en est froide : quasi anthropologique. Elle suit l’itinéraire du photographe dont les eff ets d’éclairage révèlent la part d’ombre, voire d’obscurité, qui transfi gurent ses clichés pornographiques en oeuvres d’art.

Peut-être serez-vous sensible au traitement original que nous avons décidé d’accorder aux oeuvres de Claire Labonté, Anna Torma et Marigold Santos dont Les Mythologies Singulières (dessins, peintures, tapisseries de caractères polymorphe, onirique et surréaliste) occupent le Centre d’exposition 1700 La Poste. Aux fi ctions de ces artistes, nous avons fait correspondre les contre-fi ctions de trois écrivains : Monique Juteau, Brunehilde Larquet et Jacques-Bernard Roumanes. L’eff et miroir est-il fi dèle ? Vous jugerez.

Ce numéro de Vie des Arts vous réserve d’autres surprises au fi l des analyses critiques consacrées à des artistes qui sont des découvertes (Vincent Routhier, Danielle Cadieux, Danielle Lauzon, Narcisse E. Esfahani) et à ceux dont la notoriété est confi rmée (Michel Beaucage, Daniel Barkley, Viktor Mitic, Alain Lefort, Theaster Gates, Jean-Pierre Lafrance, Étienne Lafrance, David Drebin).

J’espère que la multiplicité des points de vue exprimés dans ces pages vous réjouira.

Bonne lecture.

Geneviève Bazin
Nous avons la grande tristesse d’annoncer le décès de Geneviève Bazin survenu le 3 septembre 2016. Elle était la fi lle de Marie-Thérèse Crevier et de Jules Bazin, membre fondateur et longtemps secrétaire général de Vie des Arts. Geneviève a été membre du conseil d’administration de Vie des arts et est demeurée une fi dèle amie de la revue jusqu’au bout de sa vie. Après
de longues études à Paris, elle a travaillé à l’Université de Montréal où, bibliophile et érudite accomplie, elle a notamment dirigé, à la fin de sa carrière, la Bibliothèque des livres rares et des collections spéciales. Son soutien pour la cause des arts ne s’est jamais démenti. Nous adressons nos sincères condoléances aux membres de sa famille et à ses proches qui comptent de nombreux artistes.
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