Des propos de celles et de ceux qui ont côtoyé André Montpetit demeure l’impression qu’ils n’ont pas réussi à sauver leur collègue et ami du naufrage qu’aura été sa vie. Mais ce n’est pas faute d’avoir essayé de rescaper le très talentueux dessinateur qu’il a été.

C’est pourquoi il se dégage tout de même de leurs propos qu’André Montpetit n’aurait eu à s’en prendre qu’à lui-même d’être passé ainsi à côté de sa vie. C’est d’ailleurs ce qu’il admet, à la fin du film Sur les traces d’Arthur, en réponse aux questions de Saël Lacroix lorsqu’il confie : “Je ne m’aimais pas.” Il n’explique pas cet aveu si bien que le mystère reste entier.

Ses amis et ses confrères, à commencer par Richard Lacroix, père du réalisateur, fondateur de l’Atelier libre de recherche graphique et du groupe Fusion des arts qui réunissaient dans les années 1960 et 1970 de jeunes artistes, reconnaissent le prodigieux coup de crayon qui aurait pu faire d’André Montpetit un affichiste renommé.

D’autres comme Marc-Antoine Nadeau et Michel Fortier ont vu en lui un graveur au style percutant. D’autres comme Serge Chapleau et Claude Haeffely l’ont vite perçu comme un bédéiste décapant voire révolutionnaire. Dorothy Todd Hénaut l’imaginait fabuleux cinéaste d’animation. Hélas, il ne reste guère que quelques traces de ce qu’aura produit André Montpetit qui a détruit presque toutes ses créations.

Relayant le film de Saël Lacroix, la Cinémathèque québécoise expose justement affiches, planches de bandes dessinées, sérigraphies, dessins d’André Montpetit pour donner une idée au public de la nature foisonnante et de la prodigieuse virtuosité qui animent les productions d’André Montpetit.

Sur les traces d’Arthur
Documentaire, 2015
Réalisateur : Saël Lacroix
75 minutes
Distribution :
Les films du 3 mars(lien externe)
Projection, exposition et catalogue :
Cinémathèque québécoise(lien externe)
335, boulevard de Maisonneuve Est, Montréal
Métro Berri-UQÀM(lien externe)
À lire sur le site de la Guilde graphique,
une biographie d'André Montpetit(lien externe)
Bande-annonce

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Un catalogue où sont reproduites les oeuvres montrées dans le documentaire ainsi que des analyses sommaires des principales phases créatrices du dessinateur, accompagne le film et l’exposition ; il s’intitule André Montpetit, portrait d’un oublié de la nuit, selon la formule de Claude Haeffely qui signe la préface et rappelle quelques moments de son amitié et de ses travaux avec l’artiste.

L’un des grands moments du long métrage de Saêl Lacroix est constitué de la séquence où André Montpetit, dans un fauteuil roulant, apparaît sous les traits d’un personnage dessiné en noir et blanc qui parle avec sa voix.

Tout au long du film, les intervenants sont unanimes à déclarer qu’André Montpetit «décrochait» aussitôt que l’une de ses créations connaissait un certain succès.

Il quitte Perspectives (le sup­plé­ment hebdo­madaire de La Presse) au bout de cinq semaines, claque la porte de l’ONF après un mois, sabote les maquet­tes d’un livre sur le point d’être édité…

Ces comportements destructeurs sont les signes d’une maladie. Sans doute n’a-t-elle pas été reconnue comme telle. Le destin d’André Montpetit en eût peut-être été changé.

Au début des années 1980, on perd sa trace. Un quart de siècle plus tard, le 27 septembre 2012, Saël Lacroix le retrouve à Montréal à l’hôpital Saint-Luc où il s’éteint le 30 octobre à l’âge de 69 ans.

Catalogue de l'exposition à la Cinémathèque
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Dessin d'André Montpetit

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