Au moyen de découpages et de collages, l’artiste confère aux journaux qu’elle manipule la forme d’un objet reconnaissable: éventail, ruche…

Ses métamorphoses se rangent ainsi dans le registre du détournement de fonction de type ludique.

D’une manière générale, À grand déploiement, soit dix-huit sculptures murales, donne à l’exposition Spécimens un caractère oriental (en référence à l’éventail) ou cérémoniel proche du flabelium.

Mais juste en face, un autre «déploiement» coloré celui-là, en contraste au premier et certes toujours aussi ludique, fait écho, étalonnés sur une période de douze mois, à des données climatiques du Québec et de territoires environnants sous la forme d’agrandissements de zones géographiques.

Par ailleurs, si l’on se rapporte à son exposition précédente intitulée De masse présentée à la maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce (14 octobre-4 décembre 2016), on note que l’artiste a remis en cause une équivoque associée à la notion de temps quotidien (l’actualité des événements immédiats) et à la notion de temps perçue comme une durée (l’histoire).

Exposition
Specimens
jusqu’au 15 janvier 2017
Maison de la culture de Pointe-aux-Trembles
14001, rue Notre-Dame Est
Montréal

Image

Par exemple, l’œuvre d’art éphémère in situ intitulée Par bribes, composée de cercles apposés de manière à créer des vides et des pleins par des mouvements circulaires voire ondulatoires, met en échec les postures de conservation ou de rassemblement si chères aux muséologues et aux collectionneurs.

Et puis, le Principe de proportionnalité, œuvre constituée de deux pièces se faisant face et suspendues au milieu de l’espace tel un canon divisé en deux, rappelle, toutes proportions gardées… la bataille des plaines d’Abraham !

Quant aux journaux, manipulés et découpés, ils sont constitués d’alvéoles semblables à ceux qui tapissent ruches d’abeilles et nids d’insectes, abris, parmi bien d’autres, menacés d’extinction. Tout comme les journaux sans doute.

Qu’elles s’apparentent à des décorations en papier de type japonais (origami) ou de fabrication industrielle, les sculptures de papier de Julie Picard mettent en parallèle ou bien opposent le travail manuel propre à l’artisan, avec ses gestes répétés, et la reproduction en série. Il est difficile de trancher entre les deux.

Détail particulier : Julie Picard s’est servi de journaux d’expression française si bien qu’il est possible pour le public francophone de reconnaître, ça et là, certains mots : ils donnent à ses sculptures une touche singulière.

 



Image
Photos: Caroline Cloutier