Le film débute quand, s’échappant du puritanisme genevois, elle part à l’aventure avec ses deux enfants sous le bras et son amant noir qu’elle a sauvé de l’asile.

Arrivée à Nuremberg les poches vides, elle va gagner sa vie en pratiquant le plus vieux métier du monde. Elle en voit lucidement la brutalité. « Après une nuit très occupée, des fois on se dégoûte. On ne sent même plus sa propre odeur : c’est comme si un troupeau avait bavé, craché sur mon visage ».

Cependant, dit-elle de sa voix à la Arletty, «ce n’est pas pire que la puante façade de l’ordre établi , qu’elle a quitté. La prostituée et son client sont à ses yeux «deux victimes de l’hypocrisie sociale, unis dans une fraternité sans paroles».

Condamnée à 4 mois de prison pour avoir vendu du haschich à des Noirs, elle écrit son journal, qui lui ouvrira un autre monde. Présenté au concours que l’éditeur Balland avait lancé à tous les écrivains non publiés, il retient si bien l’attention qu’il lui vaudra une bourse de formation littéraire en France, libre de souci financier. Plusieurs livres suivront dont un Carnet Noir, fait de ses «notes de travail sur chacun de ses clients : genre du type, services demandés, prix,» qui deviendra une pièce de théâtre présentée au Festival d’Avignon puis à Paris.

Grisélidis Réal écrira plusieurs autres livres toujours axés sur sa vie singulière qui, au même titre que sa personnalité radicale, enchanteront ses éditeurs. Ils seront au nombre de trois, tous présents dans le film. S’ajoutant à leur témoignage, les extraits de son journal et ses poèmes révèlent la puissante sensibilité de cette femme toujours en révolte contre le calvinisme étroit qui confond plaisir et péché. En 1974, elle reprendra délibérément du service pour être sur le même pied que ses consœurs lors des grandes manifestations des prostituées à Paris.

Grisélidis Réal gardera jusqu’à la fin de sa vie cette révolte et se moquera même de ceux qui dérouleront le tapis le rouge en hommage à son talent d’auteur alors qu’elle se meurt d’un cancer.

Ce film fait sans le moindre racolage sur une «respectueuse» a dû demander à sa réalisatrice autant de délicatesse que de courage. Le résultat mérite les grands honneurs.

Belle de nuit – Grisélidis Réal, autoportraits, de Marie-Ève de Grave. 75 minutes, couleur. En français. Le mardi 28 mars à 20h45 à la Cinémathèque. Ce film est en compétition.

La réservation de billets se fait sur le site artfifa.com(lien externe) (film # 61)

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