Il nous renseigne d’abord sur la démarche complexe, philosophique même, de Magritte. Se souvient-on que Ceci est une pipe est également le titre d’un ouvrage de Michel Foucauld ? Et sait-on de quelles rudes manières André Breton usa envers l’artiste belge pourtant considéré comme représentant l’essence même du surréalisme en peinture ?

On ignore sans doute aussi que ce grand questionneur d’images préférait de beaucoup aux voyages le petit coin du salon de sa femme qui lui servait d’atelier, et la compagnie de ses voisins, artistes ou non, qu’il aimait capter avec sa caméra dans des situations dignes d’Ubu?

Malgré cela, comme le note Didier Ottinger* auteur du commentaire du film, en 1941 pour fuir l’occupation allemande, Magritte se réfugie à Carcassonne encore libre mais réintègre Bruxelles avant la fin de l’année.

La paix revenue, sa joie éclate dans une série d’œuvres intensément colorées et vives comme les toiles du flamand belge Ensor. Cette incursion dans la matière produisit en un temps record une vingtaine d’œuvres qui furent présentées à Paris. Comme personne ne s’attendait de sa part à ces orgies de couleurs, l’exposition fut un échec. Cela s’ajoutant aux injures des surréalistes n’allait pas rendre très attrayantes ses visites futures dans la capitale.

Toujours à l’affût d’expériences, il s’était inscrit dans sa jeunesse au parti communiste mais, constatant que les travailleurs aimaient encore moins son œuvre que les bourgeois, il se retira.
Fidèle à sa démarche intérieure, lorsque dans Les vacances de Hegel, toile datée de 1959 où l’on voit un parapluie portant un verre d’eau et reposant lui-même dans un verre d’eau, ne voulait-il pas rejoindre la pensée du philosophe en réunissant deux fonctions contraires : repousser et retenir de l’eau ?

La constance du doute dans ses rapports avec les mots est-elle venue de l’émotion éprouvée par l’adolescent quand sa mère fut découverte dans la Sambre, où elle s’était jetée pour en finir avec la vie ? Depuis, « mort » étant devenu pour lui insupportable, il chercha à détourner le sens des mots avec une irrépressible logique.

C’est, tout au long de sa carrière, cette insistance dans l’absurde qui permet aujourd’hui à l’artiste décédé en 1967 de demeurer partie prenante de notre sensibilité.

  • Conservateur de l’exposition Magritte au Musée des Beaux-arts de Montréal en 1996

« Magritte, la trahison des images »(lien externe) de Sylvain Bergère, 52 min, couleur. En français. Le vendredi 31 mars à 18h15. Auditorium de la Grande Bibliothèque.

Image