Il y a 50 ans, Montréal prenait conscience de sa capacité à réaliser des choses extraordinaires déclenchant aussitôt son ouverture sur ce qui est nouveau, donc propre à avènement et événement : désormais, à l’égal de bien d’autres villes-phares du monde, concerts, spectacles, expositions pullulent chaque jour à Montréal. Une telle prolifération est évidemment attribuable aux connaissances et aux savoir-faire dispensés au sein des écoles, collèges et universités, indispensables soubassements de toute révolution intellectuelle et culturelle.

Mais cette richesse est également attribuable à l’accueil de gens provenant d’horizons différents : pas d’innovation sans ouverture à la diversité des points de vue ! À cet égard, Montréal est exemplaire. Voilà ce qui se dégage de deux expositions commémoratives : Expo 67 – Rêver le monde (Musée Stewart) et Révolution « You Say You Want a Revolution » (Musée des beaux-arts de Montréal) commentées au coeur de ce numéro de l’été 2017.

Loin d’être anachronique, choisir d’analyser Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt (Musée Pointe-à-Callière), La photographie au Canada 1960-2000 (Musée des beaux-arts du Canada) et Mnémosyne. Quand l’art contemporain rencontre l’art du passé (Musée des beaux-arts de Montréal) témoigne, au contraire, de la surprenante proximité de comportements artistiques relevant d’époques primitives ou révolues avec ceux dont se réclament les tenants de l’art actuel. Comme le montrent les réflexions qui émaillent les articles portant sur ces expositions, les pièces produites par les artisans des tribus d’Amazonie sont parées des couleurs propres à la modernité, les images des photographes de la seconde moitié du XXe siècle sont annonciatrices des effets propres au siècle actuel ; enfin, les transgressions si chères aux artistes contemporains paraissent souvent timides pour peu qu’on les compare à celles de certains peintres « classiques ».

Dans le même ordre d’idée, le parallélisme entre les projections vidéo très contemporaines d’Ed Atkins (Centre DHC-Art) et les sculptures de Federico Carbajal (Galerie Dominique Bouffard) révèle combien peut être difficile à tracer la frontière entre les comportements de personnages humains naturels (sous-entendus du passé) et ceux issus de manipulations artificielles (des temps
présent et futur).

Et, comme il est question de frontière, Jean-Louis Lebreux a pris l’initiative de présenter au Musée Le Chafaud (Percé), dont il est le directeur, les oeuvres (dessins et peintures) de Pierre Henry, un artiste qui justement les abolit.

Ce numéro comporte, comme chaque année à cette époque, un cahier consacré à des expositions et à des manifestations artistiques situées hors des grands centres urbains. Alors laissezvous tenter par les Détours de l’été 2017. Vous en serez ravis.

Bonne lecture