Dans les deux cas, sans toujours être centrale, la notion de récit vient sans cesse hanter les commentaires que suscitent les productions des artistes, les explications des commissaires d’exposition et des animateurs culturels. Parallèlement, les articles qui renvoient à l’actualité des arts visuels, eux aussi, sont parcourus par la question de la narration. Vous constaterez que les créations d’artistes font écho à une histoire personnelle (leurs oeuvres, dans ce cas, sont proches du témoignage) ; d’autres productions, plus ambitieuses, nourrissent le désir de s’inscrire dans l’histoire de l’art, sinon dans l’Histoire proprement dite. Le phénomène n’est pas nouveau. Il est courant que les artistes et leur entourage entretiennent un tel souci. Force est de constater, toutefois, l’omniprésence de ce genre de préoccupation et de relever les arguments qui lui confèrent sa légitimité.

Quoi de plus commun et de plus innocent qu’un tableau représentant des fleurs ? L’exposition au Musée d’art contemporain des photographies de Taryn Simon, point d’ancrage de Momenta, la première Biennale de l’image de Montréal (l’événement succède au Mois de la Photo) fonde sa pertinence sur des événements politiques et économiques auxquels elles servent de paravent. Que masquent donc les apparences ? se demande Ami Barak, le commissaire invité de Momenta. Vieille question. Plus que jamais actuelle pourtant. C’est à croire que nous avons oublié la leçon de Zeuxis dont les raisins peints (Ve siècle avant J.-C.) semblaient si vrais qu’ils leurraient même les oiseaux. Nous sommes submergés de vrai : il suffit de consulter nos plateformes médiatiques. Quels mensonges camouflent toutes leurs vérités ? Le jeu des vérités incertaines, auquel se livre Natasha Niederstrass avec ses photographies exposées à la Galerie Trois Points, suggère une partie de la réponse. C’est encore avec des fleurs que Dianne Bos a honoré son rendez-vous avec l’Histoire en rappelant, au Centre culturel canadien de Paris, le souvenir des tranchées de la guerre de 1914-1918.

En célébrant leurs 25 ans d’existence, les ateliers des Impatients ont remis sous les feux de l’actualité les activités qui relèvent de l’art-thérapie. L’occasion nous a paru propice de faire le point sur une forme d’action dont les effets bénéfiques sont reconnus au point, par exemple, de trouver une place dans un établissement aussi prestigieux que le Musée des beaux-arts de Montréal qui y héberge une Ruche d’art. Le statut des art-thérapeutes est encore incertain au Québec. C’est que leur champ de compétence semble empiéter sur celui des psychothérapeutes. Querelle sémantique, bien sûr ! À laquelle répond la querelle qu’alimentent les distinguos concernant les appellations art brut, art hors-norme, art rebelle, art indiscipliné, etc. Nous avons jugé opportun de prolonger les réflexions sur l’art-thérapie en considérant les oeuvres d’artistes que le galeriste Robert Poulin a regroupés sous les noms de marginaux et francs-tireurs.

Ce numéro revient sur la 57e Biennale de Venise qui fait la part belle au récit à partir de la métaphore du fil, du tissu, de la trame avec ses déchirures et ses rapiècements. C’est encore sous l’angle du récit que vous suivrez les itinéraires polyvalents de François Morelli (allez voir sa magnifique exposition au Centre 1700 LaPoste). D’autres histoires vous attendent au fil des pages de ce numéro.

Bonne lecture.