François Morelli
Exposition
Dessins, installations, sculptures
1700 La Poste
1700, rue Notre-Dame Ouest
Montréal
Jusqu’au 30 janvier 2018

On peut dire de François Morelli qu’il est l’artiste des filets, des rets, des grilles, des grillages, des mailles. Il y emprisonne ses figures et ses motifs. Il arrive que ses structures en treillis soient les parures ou les vêtements des acteurs sinon leur peau. Certes les milliers de petits carrés, rectangles ou losanges définis par les faisceaux de lignes entrecroisées qui composent beaucoup d’œuvres de l’artiste, pourraient ne pas être pris pour les pores d’une peau. Mais quoi qu’il en soit, les formes nées de la plume ou du crayon de François Morelli ne sont perceptibles que sous une résille. Humaines ou animales elles ont souvent l’apparence de monstres ou de chimères. Elles s’alanguissent ou se démènent dans les mailles qui font office de maison voire de gîtes ou d’abris temporaires ou permanents. Ainsi encagées, elles ne semblent pas dangereuses et s’offrent au regard pour ce qu’elles sont en définitive : des curiosités et, à tout le moins, d’êtres si singuliers qu’ils valent la peine d’être observés.

Morelli n’est pas pour autant un bateleur de foire. Mais alors quel drame propose-t-il à ses protagonistes de jouer ? Serez-vous un jour une de ses figures ? Vous vous demandez : où ai-je bien pu croiser ce visage qui est là, devant moi ? À qui appartient cette tête ou ce corps humain mais pas tout à fait humain non plus ? De telles questions se posent d’autant plus que les personnages qui se libèrent partiellement de leurs habits ajourés flottent dans l’espace où l’artiste les a installés; ils l’occupent et poursuivent leur croissance, prolongent leurs excroissances au point de saturer l’espace. Peut-être sont-ils de passage saisis par l’artiste dans le cours de leurs pérégrinations. Nomade lui-même, il exalte la liberté de mouvement qu’offrent la souplesse, la légèreté et la transparence de parures sensuelles sujettes à des déguisements ou à des adaptations qui conviendraient à des caméléons. Les fonds roses ou bistres des tableaux ou des fresques, nul ne peut dire qu’ils sont de chair ou de vélin. François Morelli dessine donc sur des peaux : il choisit d’ailleurs ses papiers avec soin pour la qualité de leur grain. Ainsi les images surgies de ses plumes ou de ses pinceaux offrent des variétés de lectures infinies. Pour ne rien dire des taches qui maculent beaucoup d’œuvres ni des sculptures qui les prolongent.

Un dernier mot : l’exposition Morelli est l’une des plus belles expositions de l’automne à Montréal.

CATALOGUE

François Morelli

Introduction : Isabelle de Mévius
Essais : Bernard Lamarche, Jake Moore
256 pages illustrées
Couverture cartonnée
31 x 25 cm
Éditions de Mévius, 2017
Prix : 100 $

Un très luxueux catalogue accompagne l’exposition François Morelli. Abondamment illustré, il comporte des reproductions des œuvres présentées au 1700 La Poste mais aussi d’œuvres qui ne figurent pas dans l’exposition et qui contribuent à éclairer la variété et la richesse des productions de l’artiste entre 1977 et 2017. Deux essais respectivement signés Bernard Lamarche, historien d’art, et Jake Moore, artiste et commissaire d’expositions, donnent une idée de la nature mais surtout de l’esprit des interventions (happenings, performances, marches) non visibles de l’artiste, ainsi que de l’originalité de ses réalisations matérielles (dessins, installations, sculptures, carnets, fresques). Dans les deux cas, leurs textes se présentent comme des témoignages puisque les deux auteurs connaissent personnellement l’artiste, et comme des dissertations certes un peu pédagogiques mais dont l’intérêt principal consiste à situer les travaux de François Morelli par rapport aux tendances artistiques modernes, postmodernes et contemporaines. Le catalogue s’achève sur une biographie, une bibliographie ainsi qu’une liste des expositions de l’artiste.

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