Image
Pablo Picasso
Buste de femme, Boisgeloup, 1931
SODRAC (2018)

Picasso primitif est le titre sous lequel le Musée du Quai Branly – Jacques-Chirac a organisé et présenté à Paris (2017), en collaboration avec le Musée Picasso, la version originale de l’importante exposition montée à Montréal par le Musée des beaux-arts. Elle est destinée à établir combien l’art africain, et dans une moindre mesure l’art océanien, ont constitué pour le maître catalan des sources d’inspiration fertiles et constantes tout au long de sa vie.

Le choix de présenter l’adaptation montréalaise sous un titre différent de l’exposition de Paris témoigne clairement d’un changement d’intention. Débordant largement du fécond dialogue entre le travail du maître et les œuvres africaines, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) insère une dimension sociopolitique dans un projet initialement esthétique. D’Afrique aux Amériques : Picasso en face-à-face, d’hier à aujourd’hui se distingue de la version française en ceci qu’il s’y greffe l’ambitieuse mission de provoquer un changement dans la perception des arts dits primitifs, soit la décolonisation du regard.

La mise en espace confirme ce glissement. Dès le début, le visiteur est saisi par cet à-propos de l’autre. La sculpture Le Siècle des Lumières (Shonibare MBE) réfère à l’époque coloniale et Passage (Modisakeng, 2017), l’émouvante œuvre vidéographique projetée sur trois écrans, rappelle de façon symbolique, l’horreur de l’esclavage. Exclu de ce préambule, Picasso apparaît alors comme un prétexte, sur lequel se greffe l’émergent discours politique. Ce n’est donc pas tout à fait de lui qu’il s’agit, contrairement à ce que laisse entendre le titre. L’artiste n’en demeure pas moins imposant par le nombre et par la diversité des productions installées.

(Suite de l'article dans la version imprimée de Vie des arts)