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Marc-Antoine K. Phaneuf et Charles Sagalane, vue de l’exposition Ma collection d’exposition, 2019. Photo : Jérôme Bourque

 

« Ma collection de maisons modèles, ma collection de semi-détachés, ma collection de cottages, de bungalows, de split levels, de roulottes, de tentes-roulottes, de fifth-wheel, de winnebago, de motels, d’hôtels, d’hôtel-motels, de chambrettes, de cabanes au Canada, de châteaux en Espagne »

Cet extrait, peint directement sur les murs de la galerie, donne le ton de l’exposition présentée au centre d’artistes Regart. Initialement paru en 2016 dans la revue Estuaire, le texte écrit conjointement par l’artiste multidisciplinaire Marc-Antoine K. Phaneuf et l’écrivain indisciplinaire Charles Sagalane est ici transposé dans une version écourtée, qui se décline sur douze lignes couvrant l’entièreté des murs de la galerie en L. Le visiteur qui souhaite le lire au complet n’a pas d’autre choix que de parcourir la galerie… douze fois (ce qui semble faire sourire les deux artistes !). Le lecteur notera au passage la présence de formes peintes elles aussi sur les murs et sur lesquelles une sélection d’objets hétéroclites a été accrochée.

L’ensemble général est un pêle-mêle étonnant, voire étourdissant.

Ma collection d’exposition, c’est la rencontre de deux grands collectionneurs de collections qui décident de réunir quelques-uns de leurs objets. La sélection finale est surprenante, on y trouve autant des objets provenant de collections plus classiques (cuillères, écussons, cartes de hockey) que des produits dérivés, des objets artisanaux uniques ou des souvenirs personnels. Bien qu’il y ait une partie autobiographique dans le projet – je pense aux écussons portés sur le sac à dos de voyage de Charles Sagalane et à cette photo de 1993 où Marc-Antoine K. Phaneuf pose pour l’association de Hockey de Saint-Hyacinthe –, les deux artistes ne tombent pas dans le registre de la nostalgie. L’exposition témoigne plutôt d’un plaisir éprouvé à rassembler des objets par fascination, et ce, de manière consciente ou non. D’ailleurs, c’est en cours de montage que les deux amis réalisent qu’ils possèdent des objets en commun, sans toutefois les collectionner pour les mêmes raisons. Comme quoi, c’est l’attachement porté à un objet qui lui donne du sens, et Thierry Bonnot dans son livre L’Attachement aux choses (2014) nous dirait certainement que ce sentiment compte bien plus que sa fonction initiale.

 
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Marc-Antoine K. Phaneuf et Charles Sagalane, vue de l’exposition Ma collection d’exposition, 2019. Photo : Jérôme Bourque

 
Le texte, quant à lui, est empreint d’humour et de poésie. Il se présente lui aussi comme une collection de mots, d’idées, de blagues et de délires littéraires. Certains passages nous décrochent un sourire : « ma collection de codes postaux humoristiques comme G1Q 1Q9 » ; tandis que d’autres nous rendent dubitatifs, lorsqu’il est question par exemple du frère André… pendant une ligne entière.

Le projet Ma collection d’exposition nous invite à regarder les objets pour ce qu’ils sont, dans toute leur unicité et leur étrangeté. Il me fait réfléchir sur la manière dont évolue une société en fonction de la culture matérielle qu’elle produit, et sur la nature des objets que l’on doit préserver du temps. Lorsque je regarde la couverture du magazine à potins La Semaine présentée dans l’exposition – dont le gros titre va ainsi : « Nathalie Simard : ma fille épouse le fils de mon mari » –, je suis évidemment amusée par la nature sensationnaliste de l’énoncé, mais surtout curieuse de ce qu’il adviendra de tous ces objets étonnants que notre culture populaire génère.

 
Ma collection d’exposition
Regart, Centre d’artistes en art actuel, Lévis
Du 27 juin au 18 août 2019

 
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Marc-Antoine K. Phaneuf et Charles Sagalane, vue de l’exposition Ma collection d’exposition, 2019. Photo : Jérôme Bourque

 
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Marc-Antoine K. Phaneuf et Charles Sagalane, vue de l’exposition Ma collection d’exposition, 2019. Photo : Jérôme Bourque