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Zïlon à l’œuvre lors du vernissage de l’exposition, 4 juillet 2019. Photo : Jonathan Pouliot

 
Artiste hors-norme, pionnier du street art à Montréal, Zïlon fait actuellement l’objet d’une importante rétrospective à l’Écomusée du fier monde. Commissariée par France Cantin, l’exposition permet pour une première fois d’inscrire l’œuvre de l’artiste dans une perspective historique et d’en mesurer l’importance dans l’évolution de l’art d’ici. À travers la présentation d’artefacts, d’œuvres, de documents visuels et d’articles de presse, l’exposition nous plonge dans l’univers du Montréal underground de la fin des années 1970, dont Zïlon fut l’un des protagonistes. Des performances en direct dans les années 1980 jusqu’à la conception visuelle du grand spectacle télévisé Montréal symphonique en 2017, l’art de Zïlon n’a cessé de se renouveler au fil des ans. À la fois peintre, dessinateur, vidéaste, performeur et musicien, il a également conçu des décors de cinéma (Un zoo la nuit, 1987) et produit le storybord du film Le confessionnal de Robert Lepage (1996). Plus récemment, on le retrouve aussi dans le jeu vidéo Far Cry d’Ubisoft, sorti en 2019, dont une quête fût largement inspirée de ses peintures, montrant une autre facette de son rayonnement artistique.

L’expressionnisme postmoderne ici et ailleurs

L’art de Zïlon s’inscrit dans le retour en force de la peinture figurative à la fin des années 1970 un peu partout dans le monde. Entre 1977 et 1981, les peintres néo-expressionnistes allemands et les artistes de la trans-avant-garde italienne figurent dans de grandes manifestations en Europe et aux États-Unis. En France, les artistes du mouvement de la Nouvelle Figuration font également l’objet de nombreux événements. Au même moment, se dessine chez nos voisins du Sud un art dérivé de la peinture expressionniste que l’on désigne par le terme New Image. Comme je l’ai démontré ailleurs(1), le Québec ne fait pas exception à cette tendance internationale. L’exposition Montréal tout-terrain, à l’ancienne Clinique Laurier en 1984, rassemblait les œuvres de 58 artistes francophones et anglophones : y dominait la norme expressionniste axée sur la dramatisation, l’obsession et l’exaspération face à la dégradation d’un monde précaire et troublant. Ces éléments figureront également dans l’exposition Montréal Est au Centre organisée en 1985 au centre Saidye-Bronfman par Peter Krausz et à laquelle participe Zïlon. Cet événement faisait suite à la présentation d’œuvres de 95 artistes de New York sous le titre East Village at the Centre, en 1984. Une autre manifestation d’envergure fut organisée en 1987 par Leo Rosshandler à la galerie des arts Lavalin en hommage aux artistes de la peinture en direct. Pour le catalogue d’exposition, il signe un texte intitulé Le graffiti et l’expressionnisme à Montréal, où il soutient le rattachement de la nouvelle peinture figurative québécoise au mouvement international observé. En ce qui a trait à Zïlon, il est identifié comme un chroniqueur acerbe de la désillusion qui gagne les individus aux prises avec l’incapacité de changer leurs conditions d’existence.

Si l’œuvre de Zïlon est immense, sa reconnaissance dans le champ institutionnel de l’art demeure faible. À notre connaissance, aucun musée québécois ne possède dans ses collections une œuvre de l’artiste. Si d’autres pays ont accordé une place essentielle aux pratiques figuratives émergentes, force est de constater qu’il n’y a pas eu d’équivalent au Québec. En ce sens, l’exposition comble un besoin; celui de rétablir la place dans l’histoire de l’art d’ici d’un courant alternatif de premier plan dont Zïlon est une figure incontournable.

 
Zïlon et le Montréal underground
Écomusée du fier monde
2050, rue Atateken (anciennement Amherst)
www.ecomusee.qc.ca(lien externe)
Jusqu’au 1er septembre 2019

 
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(1) Voir Jean de Julio-Paquin, « L’expressionnisme postmoderne au Québec de 1981-1987 », dans Guy Bellavance (dir.), Monde et réseaux de l’art : Diffusion, migration et cosmopolitisme en art contemporain, Montréal, Liber, 2000.

 
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Vue partielle de l’exposition à l’Écomusée du fier monde. Photo : Daphnée Bouchard

 
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Zïlon, peinture sur mannequin. Photo: Daphnée Bouchard