Qui ne connaît pas Saint-Jean-Port-Joli pourrait penser que la vie culturelle y est bien tranquille. Or ce village, jadis animé par les sculpteurs sur bois, enrichit d’année en année son offre d’activités et d’événements. Et dans ce renouvellement, l’art marque son empreinte. Deux projets d’envergure ont vu le jour au cours de la dernière année: la création du Vivoir et la reconstruction de la résidence d’artiste Est-Nord-Est (ENE).

Ces deux initiatives, différentes quoique complémentaires, font foi d’une communauté qui n’a pas peur de voir grand.

 
Le Vivoir — rassembler pour mieux créer

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Vue extérieure du Vivoir, à Saint-Jean-Port-Joli. Crédit photo : Laurie Lapointe

 

Le Vivoir est entièrement consacré à la mise en valeur des métiers d’art locaux. Il s’affirme comme un lieu de rassemblement pour les artistes et un arrêt incontournable pour les visiteurs. Son ouverture s’est arrimée aux premiers jours d’été et depuis, l’endroit fourmille de visiteurs. Il est vrai que quiconque franchit la porte du Vivoir ne reste pas indifférent. Le caractère majestueux de l’architecture et la lumière abondante qui transperce la façade mettent en valeur la qualité des œuvres qui ornent les murs et les présentoirs. Chose certaine, il y règne une ambiance indescriptible et un sentiment d’étonnement, possiblement engendrés par un juste équilibre entre chaleur et raffinement.

C’est qu’à lui seul, Le Vivoir réunit une vaste galerie d’art, des ateliers d’artistes accessibles au public et divers espaces de création. Créé à l’initiative du duo mère-fille Monika et Maighan Gagnon, Le Vivoir veut bâtir un pont entre le public et les métiers d’art locaux. C’est à la fois un centre de ressources, de soutien et d’échange consacré aux artistes, qui favorise la rencontre et l’interaction avec le public. Sa mission est d’éveiller la sensibilité collective à l’égard des objets, des œuvres et des savoir-faire issus des mains et de la créativité de nos artisans. Le Vivoir veut raviver, réunir et inspirer.

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Œuvres de Christian Michaud et d’Étienne Guay dans la boutique-galerie. Photo : PIKUR / Le Vivoir

 

Dans la boutique-galerie, des théières de céramique côtoient des bijoux de verre et des sculptures d’acier. Les murs sont ornés de toiles et de sculptures, parfois abstraites, parfois figuratives. Au total, plus de 50 artistes sont rassemblés entre les murs de la galerie, dont Chantale Bouchard (gravure et estampe), Judith Dubord (verre et céramique), Véronique Palin-Vernier (cuir repoussé), Dominique Beaupré St-Pierre (verre et végétaux), Christian Michaud (sculpture sur bois), André-Médard Bourgeault (sculpture sur bois) et Monika Gagnon (verre au chalumeau), l’idéatrice du Vivoir.

L’architecture du lieu invite à la rencontre : fenêtre fermée, le visiteur pourra contempler l’artiste à l’œuvre ; fenêtre ouverte, c’est une invitation à l’échange.

Chose certaine, c’est un privilège de pouvoir aller à la rencontre des artistes dans leur atelier et de les voir en cours de création. Cela, Le Vivoir l’a compris.

Est-Nord-Est — résidences de haut calibre

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Le nouveau bâtiment de la résidence d’artiste Est-Nord-Est, à Saint-Jean-Port-Joli
Crédit : Bourgeois / Lechasseur architectes

 

Pas très loin du Vivoir, la résidence d’artistes Est-Nord-Est (ENE) achève son projet d’immobilisation. Là aussi, l’imposante construction s’érige, fière, dans le paysage port-jolien.

Ayant ouvert ses portes il y a plus de 25 ans, ENE a su bâtir sa réputation. Sa mission consiste à offrir un espace de création et d’expérimentation pour les artistes et les auteurs en art actuel, autant locaux qu’étrangers. Libérés de toute contrainte de diffusion, ceux-ci peuvent s’abandonner librement à la recherche, aux nouvelles techniques et même à la prise de risques. ENE souhaite ainsi permettre à ses résidents d’accéder à toute la richesse culturelle de Saint-Jean-Port-Joli.

C’est au printemps 2017 que la confirmation du financement du projet a marqué son coup d’envoi. Plusieurs mois plus tard, aux termes d’un concours d’architecture remporté par la firme Bourgeois / Lechasseur Architectes, s’élève un édifice judicieusement conçu. Le nouveau bâtiment permettra à Est-Nord-Est de regrouper les lieux de travail et de vie des artistes. Comme l’explique Dominique Boileau, directrice de la résidence d’artiste Est-Nord-Est : « l’objectif est de permettre aux résidents d’entrer dans un univers sans devoir y ressortir. On espère ainsi qu’ils peuvent s’y recueillir pleinement et repousser les limites de l’expérimentation. » Le nouveau bâtiment permettra aussi la tenue de résidences lors de la saison hivernale, ce qui n’était pas possible auparavant. Son inauguration officielle est prévue pour le 10 août prochain.

On devine très rapidement que les résidences d’artiste à travers le monde n’auront rien à envier à ce vaste centre multidisciplinaire. Déjà, dans ses nouvelles installations, ENE reçoit plusieurs résidents au sein de son programme régulier. Plus de 450 dossiers ont d’ailleurs été reçus en réponse à l’appel de résidences. Sensible à la synergie créée au sein de chacune de ses cohortes, ENE se réjouit du programme : « la programmation 2019 est constituée de pratiques artistiques et d’écriture diversifiées ayant en commun le désir d’explorer, de rechercher, d’expérimenter avec de nouvelles techniques, matériaux, idées, objets, méthodologies », ajoute Dominique Allard, directrice artistique d’ENE.

Pour l’été, on y accueille donc Miyuki Inoue (Pays-Bas/Japon), Amanda Smith (États-Unis), Dominique Pétrin (Montréal), Marianne Tremblay (Saguenay) et Baptiste César (France), en plus de l’auteure Anne-Marie Proulx (Québec). Cet automne, Wannes Goetschalckx (Belgique), Véronique Leblanc (Montréal), Jean-Michel Leclerc (Montréal), Marit Mihklepp (Pays-Bas), et Hadar Mitz (Israël) occuperont le centre.

 

En somme, ce qu’ont en commun Le Vivoir et la résidence d’artiste Est-Nord-Est, ce n’est pas un public cible, ni une mission ou un quelconque mouvement artistique. Ces deux centres partagent une vision ambitieuse, un but ultime, et surtout, le cran nécessaire à la réalisation de leur projet. Incarnant chacun un argument bien différent, ils démontrent que la vitalité artistique ne se mesure pas à la taille, mais plutôt à l’audace, à la patience et à la ténacité des membres d’une communauté.

 
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Dominique Pétrin, Screen no.3, collage de papier sérigraphié sur support de bois, 77 x 89 cm, 2019 © Paul Litherland

 
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Amanda Smith, Past Lives no.4, cotton fabric, digital image on cotton, thread, and batting, 32’’ x 42’’, 2018 © courtesy of the artist