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Sylvie Adams
Ruissellement de l'être

Le poète, si l’on en croit Mallarmé, est confronté au « vide papier que sa blancheur défend », lorsqu’il se prépare à écrire un poème. Le peintre qui crée des œuvres abstraites vit une expérience similaire lorsqu’il installe une toile vierge sur son chevalet. En effet, l’un et l’autre ne trouvent leur inspiration qu’en eux-mêmes. Contrairement à beaucoup d’artistes, Sylvie Adams ne recouvre pas son support d’une couleur de base. Elle accepte donc la confrontation avec la toile blanche pendant tout le temps où elle exécute l’œuvre.

Cinq tableaux sont intitulés « Portrait de genre ». Une « scène de genre », comme tout amateur d’art doit le savoir, est un type d’œuvre dans laquelle figurent des scènes à caractère anecdotique. Les personnages qui en font partie sont des individus anonymes. Le portrait est un genre en peinture, mais le « portrait de genre », en revanche, n’est répertorié dans aucune encyclopédie. Cette expression est un néologisme inventé par Sylvie Adams. On pourrait supposer qu’un « portrait de genre » représente un acteur d’une scène de genre qui serait resté seul. Dans un tableau abstrait, une forme colorée tient le rôle du personnage. Or, les formes situées au centre de ces œuvres ne se trouvent pas dans un décor. Elles apparaissent ex nihilo, accompagnées seulement de quelques légers nuages gris ou pastel. C’est donc à l’art de la performance que ces « portraits de genre » font penser.

(Suite de l'article dans la version imprimée de Vie des arts)