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Antonietta Grassi
Liminal Spaces, 2017

Alors que l’on parle à tout va d’obsolescence programmée, que le temps passé devant une œuvre d’art n’excède pas quelques secondes, l’exposition Contemplation for obsolete objects propose aux visiteurs de s’arrêter pour suspendre le temps et s’immerger dans la mémoire d’Antonietta Grassi que prolongent ses toiles récentes.

Il y a cinq ans, en 2013, Antonietta Grassi a été confrontée au décès de ses deux parents survenu dans un court intervalle de temps. L’artiste doit alors vider la maison de son enfance. Des vieux objets empreints de souvenirs ont surgi. Qu’en faire ? Les garder ? Les donner ? Les jeter ? Antonietta doit se débrouiller. Petit à petit, les pièces se dénudent. Cuisine, salon et chambres deviennent des cubes désincarnés, le cocon familial autrefois surchargé apparaît comme une pure géométrie. S’engage alors pour l’artiste un processus de réflexion sur l’espace. Il donnera naissance aux perspectives gauches qu’on observe aujourd’hui dans ses toiles. Ces perspectives constituent un nouvel ordre après le désordre du deuil, en même temps qu’une manière de garder la mémoire des objets de la maison. Parmi ces objets, certains fonctionnent à l’aide de technologies dépassées (télécopieurs, machines à coudre); Antonietta Grassi dévoile ce monde intérieur. La déformation des figures qu’elle dépeint se propose alors comme le résultat de la dissection qu’elle entreprend, mais aussi comme le signe du temps qui passe.

(Suite de l'article dans la version imprimée de Vie des arts)