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Eldred Allen, Skull of Harp Seals (2018), impression jet d’encre, éd. 1 de 5, 94 x 53,5 cm / 37 x 21,25 po.
Photo : Eldred Allen

 
À son entrée dans les espaces de La Guilde, le visiteur sera frappé par la diversité des objets présentés : ici un pingouin tissé dans des tons pop, là des figurines miniatures comme autant d’Inuits vaquant à leurs occupations, ailleurs des bijoux et autres bottes, moufles et tuniques suspendues, des sculptures encore, certaines minuscules et d’autres gigantesques, le visage radieux d’un jeune adolescent dépeint dans des couleurs printanières, mais aussi le crâne d’un phoque, vraisemblablement mort, celui-là photographié en noir et blanc. Alors on s’interroge : que peut bien être le point commun entre toutes ces œuvres ? Ce point commun, on l’apprendra à la lecture du texte de présentation du Dr Heather Igloliorte, c’est un ancrage profond au territoire : celui du Nunatsiavut.

Le Nunatsiavut, côte nord-est de l’Inuit Nunangat, dans la région nord du Labrador, n’aurait pas bénéficié d’un rayonnement suffisant au Canada selon la spécialiste, qui avait été commissaire en 2015 de l’exposition précurseure nommée SakKijâjuk: Art and Craft from Nunatsiavut. En circulation jusqu’en 2019, cette exposition proposait un premier survol, très large, des productions de la communauté. Montréal ne figurant pas parmi ces étapes, La Guilde répare aujourd’hui le manque en offrant une vitrine à des artistes jusque-là absents de la scène métropolitaine. Ce ne sont donc pas moins de vingt-cinq artistes établis et émergents, et quelque quarante œuvres réalisées durant les cinq dernières années, qui sont présentées au sein de la galerie. La sélection a été faite par un jury d’experts, avec pour seuls critères : être originaire du Nunatsiavut et s’intéresser au territoire.

 
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Eldred Allen, Caribou Lost in Shadow (2018), impression jet d’encre, éd. 1 de 5, 94 x 70 cm / 37 x 27.5 po. Photo : Eldred Allen

Outre l’appartenance à un territoire précis, il était demandé aux artistes d’aborder la beauté de celui-ci à travers leur sensibilité particulière, sans restriction aucune de technique ou de format. Une commande très ouverte, qui explique la diversité des contenus de l’exposition. Les artistes ont su saisir cette occasion rare de parler de leurs racines à travers un langage combinant des approches contemporaines à celles de l’artisanat ou des métiers d’art. Certaines œuvres sont ainsi réalisées avec des techniques et des matériaux locaux, quand d’autres apportent un regard sur les modes de vie traditionnels du Nunatsiavut et sur leur évolution, par le biais de technologies modernes. C’est le cas de Caribou Lost in Shadow (2018), du photographe Eldred Allen, qui évoque l’impact des changements climatiques sur le territoire avec l’image d’un caribou isolé de sa harde, capturée à l’aide d’un drone. Le message environnemental pourra toutefois échapper au visiteur, l’absence d’encart explicitant la réflexion à l’origine des œuvres ne permettant parfois pas de nourrir le lien entre l’artiste et son public, que cette exposition a pourtant vocation à créer. Langage universel, certes, l’art mérite parfois que l’on raconte son histoire.

Il s’agit d’une première pour Montréal, où aucune exposition ne s’était exclusivement consacrée aux artistes du Nunatsiavut jusqu’à aujourd’hui, ainsi que pour certains de ces artistes, dont le travail n’avait encore jamais franchi les limites de leur terre natale. Aussi, l’ambition serait plutôt celle d’une certaine exhaustivité et l’impression celle d’un ensemble hétéroclite, où l’on montre toute l’étendue et la richesse de la culture inuite afin d’offrir au public la chance de la découvrir et de mieux la comprendre. L’exposition s’est d’ailleurs tenue en parallèle au 21e Congrès d’Études Inuit, un cycle de conférences international accueilli cette année par l’UQAM au début du mois d’octobre.

Nunatsiavut/La Beauté de notre territoire
La Guilde
1356, rue Sherbrooke Ouest
Montréal
Du 3 octobre au 24 novembre

Artistes : Eldred Allen, Holly Andersen, Peggy Andersen, Heather Campbell, Heather Carroll, Tracy Denniston, Vanessa Flowers, Veronica Flowers, Jason Jacque, Polly Jacque, Samantha Jacque, Shirley Moorhouse, Yvonne Moorhouse, Roxanne Nochasak, Sophie Pamak, Garmel Riche, Inez Shiwak, Jane Shiwak, Jason Sikoak, John Terriak, Dorothy Voisey, Blanche Winters, Jessica Bonnie Winters, Nellie Winters et Jennie Williams.

 
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Holly Andersen, Sustenance (Nourriture) (2016), impression jet d’encre, édition 1 de 5, 63,5 x 94 cm / 25 x 37 po. Photo : Holly Andersen

 
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Jason Sikoak, The Hunter (2019), feutre argent, papier noir / 66 x 101,5 cm / 26 x 40 po. Photo : La Guilde.