La découpe sombre sur ce cliché, est-ce un plafond ? Et là, est-ce une boîte sur le sol ou une retouche de plâtre sur un mur ? Dans ces zones neutres, de transition, entre démolition et construction, passé et futur, impossible de reconnaître les espaces. Une première pour ce photographe habitué à réaliser des photos représentant des endroits où celui qui regarde peut se projeter. Ici, la lumière saturée, quasi brûlée, occupe toute la place. C’est elle qui trace les contours des lieux.

« J’ai toujours été très attiré par le potentiel de la lumière naturelle. Dans ce projet, j’étais curieux de voir comment elle pouvait agir à titre d’agent transformateur. J’ai vite réalisé que, grâce à elle, des zones s’effacent, des angles disparaissent, on perd la compréhension des volumes. Voilà ce qui m’intéressait : le rôle de metteur en scène joué par la lumière », explique Yann Pocreau.

Voilà aussi pourquoi toutes ses photos sont développées de manière traditionnelle, c’est-à-dire sous forme d’épreuves à développement chromogène, sans intervention numérique. « J’aime le relais quasi métaphysique de la chimie au moment de tirer les photos et l’effet constaté de la lumière naturelle sur l’image », ajoute le photographe. Impossible de ne pas mentionner ce vert-gris très lumineux, omniprésent sur la plupart des photos. Comme si le visiteur, au fond de l’océan, regardait la source lumineuse provenant de la surface.

Pour réaliser Chantiers, Yann Pocreau s’est déplacé sur des chantiers menés par ses copains architectes. Il a décidé de ne pas intervenir dans l’espace pour voir comment celui-ci allait prendre le relais, ou le dessus. L’artiste poursuit actuellement son travail de recherche sur les chantiers.

 
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Yann Pocreau, Chantier 1, 2012, épreuve à développement chromogène, 150 x 100 cm
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Yann Pocreau, Chantier 3, 2012, épreuve à développement chromogène, 126 x 187 cm