Extraits de l'entrevue :

Vu d’ici, quand on parle d’École des beaux-arts, on a l’impression d’un établissement extrêmement classique, remontant au XVIIe siècle…

« Ce qui est classique, c’est la structure de l’enseignement. Ce que j’appelle le triangle pédagogique. Les étudiants reçoivent une formation théorique, des enseignements pratiques qu’ils choisissent (mosaïque, programmation informatique, résine synthétique, bois, fer... enfin toutes les techniques qu’on peut imaginer). Et ensuite, au sommet de ce triangle, il y a les chefs d’ateliers – qui sont toujours des artistes. Ce qu’on apprend, avec le chef d’atelier, c’est ce qui n’est ni théorique, ni pratique. Ce qui est de l’ordre du purement artistique. Ça n’a pas changé depuis le XIXe siècle, et j’en suis très content parce que c’est une véritable machine de guerre contre la normalisation universitaire, contre laquelle je m’élève totalement. »

« L’Art, le talent, ça ne s’apprend pas, ça se suscite ; il faut se frotter à différentes expériences, la diversité est très importante. »

« Il y a toujours eu, en France, une distinction entre les facultés d’art plastique, universitaires, qui ont produit très peu d’artistes et qui forment plutôt des enseignants, et l’École des beaux-arts. C’est le statut très spécifique des écoles d’art qu’il s’agit de défendre et leur nécessaire indépendance. »

« En fait, on ne dépend pas du ministère de l’Éducation nationale, mais du ministère de la Culture, parce que, justement, on a d’autres enjeux. »

« L’École des Beaux-arts de Paris, c’est plus qu’une école. C’est une collection de 450 000 œuvres, des espaces d’exposition magnifiques, une maison d’édition, deux hectares de bâtiments en face du Louvre plus une annexe en banlieue parisienne, plus peut-être demain : c’est véritablement un écosystème artistique – c’est passionnant –, c’est une école tout à fait atypique en France. »

Quelques initiatives (en cours ou en projet) du nouveau directeur :

  • Une revue critique, du type October ;
  • Une webradio sur le site Internet de l’École qui mettra en ligne, en accès libre, toutes les conférences tenues à l’École depuis 1984 ;
  • Le suivi des deux collections de la maison d’édition de l’École ;
  • Et un grand projet pour revenir au concept originel de l’École, la transmission de l’art par le contact avec les œuvres. Le 24 avril 2013 verra l’ouverture du Palais des beaux-arts, quai Malaquais, avec trois expositions thématiques par an, basées sur le même principe : un espace dédié aux étudiants (anciens et actuels), une exposition d’art contemporain, un espace consacré aux collections de l’École, et enfin une monographie d’un artiste de la fin du XXe siècle, une redécouverte. Pour le premier thème abordé, l’Ange de l’Histoire (d’après le texte de W. Benjamin) et les réflexions sur la ruine, c’est un artiste brésilien que les visiteurs pourront découvrir.

 
Un article plus détaillé sur cette entrevue paraîtra dans un numéro à venir.

 
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Photos : Anne Charpentier