Nous voyons d’abord un homme gambadant sur un pont avec à la main valise et parapluie dont le vent va mettre à nu les baleines. La seconde séquence le retrouve sortant de son domicile new-yorkais tenant sous le bras un vaste carton blanc découpé en son centre pour y mettre la tête du jeune homme qu’il a choisi comme sujet. « Je vais d’abord prendre ta photo puis écrire autour tes données personnelles : ta tension artérielle, la pointure de tes souliers », lui explique Duane Michals, joyeux luron de 79 ans célèbre pour sa façon d’intégrer les images dans l’univers « au-delà du miroir » qui est le sien.

« Je suis un reflet photographiant un autre reflet à l’intérieur d’un reflet », écrit-il. Aussi n’est-on pas étonnés de le voir bientôt approcher avec émotion du numéro 145 de la rue de Bruxelles où habite Magritte qui l’y a invité. Il passera pendant une semaine toutes ses journées en compagnie du grand surréaliste dont les images, comme les siennes, s’imposent au-delà de la réalité. Ainsi par un jeu de miroir, Michals va-t-il refléter en surimpression le visage du peintre dans certains de ses tableaux.

Michals a également travaillé de cette manière avec d’autres personnages. Il a installé Pasolini assis immobile à l’entrée d’une ruelle plus ou moins rassurante; découpé en trois images le visage du comédien Richard Gere, et reflété à deux reprises celui de l’acteur Jeremy Irons se regardant dans un miroir, le tout tendant à recréer au-delà de la photo son mystère, qui est leur mystère.

La partie création se double d’éléments biographiques. On l’y voit découvrant avec soulagement les poèmes de Whitman qui met sur le même pied son désir amoureux des femmes et des hommes, écrivant de petites poèmes ou donnant des explications plus élaborées sur la fragilité des apparences, visitant à Pittsburgh, sa ville natale, les ruines de l’usine où son père travaillait pour le milliardaire Carnegie. Cette partie n’a pas la force de celle que dégage son œuvre mais il fallait tout de même un ego solide pour supporter d’être pendant 85 minutes un unique sujet d’attention !
La caméra de Camille Guichard est vive et les moyens dont il a disposé ont permis ce large tour d’horizon.

The Man who Invented Himself – Duane Michals
France | 2012 | couleur | 85 min | anglais s.-t. français

Samedi 16 mars 2013 – 13h30
Musée d’art contemporain de Montréal – Salle Beverly Webster Rolph

Vendredi 22 mars 2013 – 21h00
Musée d’art contemporain de Montréal – Salle Beverly Webster Rolph

 
Image