Le réalisateur Mario Côté cadre le peintre Fernand Leduc en gros plan (amorce à droite de l’écran : visage de trois quarts, épaules et mains) d’un bout à l’autre de son film. Ce n’est toutefois pas un plan séquence puisque sont intercalées quelques prises de vue externes : toiles de l’artiste, salle d’exposition. Âgé de 96 ans, Fernand Leduc se révèle bavard (avec plus d’indulgence, on dirait généreux dans ses propos) et touchant dans l’expression de ses convictions. Il fait partie de la génération des artistes dont la carrière s’enracine dans les revendications du manifeste Refus global (1948). Les prémisses de sa carrière remontent à 1941-1942, moment où le maître, Paul-Émile Borduas, passe d’une peinture figurative, illustrée dans le film par le tableautin (Fernand Leduc parle d’une pochade) d’une vue du parc Lafontaine, à l’abstraction gestuelle. Serein, Fernand Leduc élude le différend qui le séparera, plus tard, de Borduas et déclare sans réserve son admiration pour son aîné. Devenu plasticien, vers 1955, il revendique le primat de la planéité de l’espace pictural géométrique ramené à de strictes figures planes (carrés, rectangles, etc.) au mépris de la perspective qu’il rejette énergiquement. Fernand Leduc ne tient pas compte des propositions des nombreux artistes qui simultanément introduisent dans le plan des figures et des effets optiques en trois dimensions. Il parle, et personne ne l’interrompt ni ne le contredit. Il explique enfin que depuis le début des années 1970, il réalise des microchromies, toiles et œuvres sur papier monochromes dont il s’ingénie à dire qu’elles ne sont pas monochromes parce que, sous la couleur de la surface visible, il y a des couches de couleur (invisibles) dont l’effet chromatique (microchromique ?) se fait sentir. Abstrait, voire dogmatique, dans sa peinture qu’il présente en définitive comme une quête de la lumière, Fernand Leduc est au contraire bien concret quand il s’agit d’expliquer les circonstances anecdotiques qui le conduisent à explorer ses partis pris dans son dialogue avec la surface picturale. Il raconte fort bien, par exemple, que c’est une exposition du peintre américain Albers à New York (des carrés dans des carrés) qui lui inspire les microchromies. Le récit de Fernand Leduc – car il s’agit bien d’un récit –, pour mythique qu’il soit parfois, demeure captivant de bout en bout.

Fernand Leduc, la peinture et les mots
Canada | 2013 | couleur | 66 min | français
Réalisation : Mario Côté

Le film n’est plus projeté dans le cadre du FIFA 2013, mais devrait prendre l’affiche plus tard, au cinéma.

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