Elle eut également plusieurs vies comme artiste, jeune passionnée de peinture aux premières années de la Société d’art contemporain, intégrée au cercle de sa mère Louise Gadbois et au groupe des Sagittaires en 1943; puis étudiante à Paris, professeur d’arts au Collège Grasset jusqu’à sa retraite, qui lui permit sur le tard une réapparition comme peintre en 2002 à la Galerie Sous le passe-partout(1). Elle voulait reprendre des tableaux qui étaient – ou qu’elle jugeait – inachevés. Je la pressais plutôt – aimant justement le flou laissé ainsi dans l’œuvre à l’imaginaire – de reprendre ses pinceaux sur de nouvelles toiles, dans son minuscule appartement du Manoir Outremont ou dans le jardin d’Hélène, sa sœur jumelle. Elle consacrait beaucoup de temps au tri des archives de sa mère avant de m’en confier, sacrifiant ainsi du temps qu’elle aurait pu consacrer à elle-même.

 
J’espère en avoir fait bon usage « pour la postérité », car l’histoire est toujours à préciser, à nuancer, à réviser parfois, à tout le moins pour rendre justice aux remarquables oublié(e)s. Hélas, « l’art est long et le temps est court », gémissait Baudelaire, et une vie, même longue de quatre-vingt-onze ans, n’y suffit pas…

 
Image
Denyse Gadbois chez elle, 2011
Photo : Marion Lessard

Image
Le Musicien, vers 1950
Huile sur toile
61 x 91cm

(1)Voir mon compte-rendu, « Denyse Gadbois de retour », Vie des Arts, n° 188, automne 2002.