Dès son entrée dans la salle d’exposition, le visiteur apprend que « l’artiste engage une réflexion sur l’inconscient collectif » et que « l’idée des limbes évoque le subconscient, cet état vaporeux de la pensée ».

Certes, il existe bien quelque chose qui nous plonge dans la représentation des phénomènes psychiques de la conscience dans les derniers tableaux de Nancy Bourassa, mais on cherche le fil conducteur entre les thèmes de certaines pièces : là, un grand tableau d’arbre macabre en contre-jour (par ailleurs très expressif, rappelant les paysages fantastiques de Caspar David Friedrich) ; ici, une série de peintures de petits formats percées d’ouvertures, beaucoup plus conceptuelles sur le plan formel ; là, un tableau figuratif glauque représentant un édifice urbain graffité faisant penser aux lofts-espaces de travail des artistes (l’œuvre s’intitule d’ailleurs L’atelier). Cette rupture de ton thématique et visuelle affaiblit l’ensemble de la proposition plastique.

En plus de l’excellent tableau mentionné plus haut L’arbre et les restes, soulignons Mirage nocturne, qui intègre à même la structure peinte un mécanisme sonore évoquant un aquarium et, du même coup, les méandres de la psyché. Les sons produits par ce dispositif rappellent celui de liquides en ébullition dans des récipients de laboratoire. Un bel écho aux nombreux trous pratiqués dans les panneaux de bois avoisinants et dans l’œuvre Les ouvertures, qui présente une série de formes aux allures de roches et minéraux, peut-être de constellations. Déjà, dans ses œuvres antérieures, Nancy Bourassa montrait une préoccupation pour ce genre de formes en suspension, comme des « météorites », et pour les couches de différentes textures. La nouveauté est qu’elle perce de plus en plus la surface en utilisant la technique du vitrail, sans en exploiter cependant toutes les possibilités.

Le visiteur pourrait se sentir déçu de ne pas voir le tableau représenté sur le carton d’invitation : cette œuvre a été retirée de l’accrochage dans le choix final. Elle aurait pourtant eu sa place…

La qualité technique du travail de l’artiste est indéniable, mais entre un propos sur l’environnement et une réflexion sur le cosmos et la spiritualité, la vision de l’artiste n’est pas tout à fait affirmée. On sent qu’il y a transition vers quelque chose d’autre. À suivre…

Jusqu’au 9 mars

Maison de la culture Côte-des-Neiges
5290, Chemin de la Côte-des-Neiges
Montréal
Tél. : 514 872-6889

Mardi et mercredi : 13h à 19h
Jeudi et vendredi : 13h à 18h
Samedi et Dimanche : 13h à 17h

 


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L’arbre et les restes, 2014
Acrylique et huile sur merisier russe
183 x 244 cm

 
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Mirage nocturne, 2014
Acrylique, verre, plomb, système et néon sur merisier russe
102 x 102 cm

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L’atelier, 2014
Acrylique, verre, plomb, matériaux récupérés sur merisier russe
183 x 244 cm

 
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Lumières sourdes, 2014
Acrylique, verre et plomb sur merisier russe
122 x122 cm

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Départ, 2014
Acrylique, verre, plomb sur masonite
30 x 30 cm

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Les ouvertures, 2014
Acrylique sur merisier russe
44 x 548 cm