Avec le quatrième et dernier film, le public retrouve les principaux protagonistes de cette odyssée les nerfs à fleur de peau. D’une réunion à l’autre, ils discutent de la couleur à donner aux murs. Ils hésitent. Les opinions divergent. L’architecte finalement emporte la décision sur la base d’un argument qui se veut rationnel. Les murs du musée seront couleur anthracite ! Quasiment noir. Les cadres en argent ressortiront mieux sur ce fond. Le directeur veut bien convenir que cela est vrai mais ne peut admettre que « son » musée ressemblera à une caverne. Son entourage le dissuade de s’opposer à la « science » de l’architecte. Et l’on assiste à l’habillage en grand deuil des salles du musée sous l’œil inquiet de son directeur. Cette catastrophe qui se déroule sous les yeux des spectateurs est d’un comique digne des meilleures comédies. Parallèlement à cette situation, les ligues de cyclistes d’Amsterdam auxquelles se joignent des élus municipaux réclament qu’un tunnel soit creusé sous le musée pour garantir la sécurité des visiteurs qui se déplacent à bicyclette. Ils manifestent. Leurs pancartes exigent « L’accès démocratique aux biens culturels ». Dix ans de travaux, une facture de 375 millions d’euros : il n’y a plus ni temps ni argent pour un tunnel. Le patient directeur lâche : « Quelle foutue démocratie ! » Il s’énerve. La tête que font ses collègues sûrement amoureux comme lui du vélo est irrésistible de drôlerie : va-t-il falloir encore retarder l’ouverture du musée pour creuser un tunnel ? Pendant que demeure sans réponse cette angoissante question qui souligne un impardonnable oubli, les murs charbonneux du musée donnent à l’édifice une allure de catacombe. Le directeur alors, soutenu par sa collaboratrice la plus proche, décide de contrevenir aux ordres de l’architecte et demande aux peintres du bâtiment de blanchir certains murs puis d’y étendre une couche de peinture gris pâle « juste pour avoir une idée de l’effet produit ». C’est évidemment mieux que le noir. Encouragé par les résultats de cette initiative, les conservateurs du musée se livreront à une course éperdue contre la montre pour que le musée soit repeint et aménagé à temps (il y a 8 000 œuvres à installer) pour son ouverture officielle. Les plans cinématographiques accélérés renforcent l’effet d’urgence.

Et puis, le rythme se ralentit avec l’accrochage de La ronde de nuit de Rembrandt dans la salle d’entrée du musée. Moment magnifique qui tire des larmes à l’une des conservatrices qui regarde la scène submergée par le bonheur de la présence du tableau devant elle avec son obscure et claire beauté. Moment émouvant.

The New Rijksmuseum est un film à la fois réaliste, drôle et émouvant. À voir et à revoir absolument.

The New Rijksmuseum 4
Pays-Bas / Oeke Hoogendijk / 2013 / couleur / 56 min / anglais, néerlandais, s. t. anglais

Mercredi 26 mars 2014, à 18h30
Centre Canadien d'Architecture - Théâtre Paul Desmarais
Projeté avec Lucien Hervé, photographe malgré lui

Dimanche 30 mars 2014, à 16h COMPLET
Centre Canadien d’Architecture – Théâtre Paul Desmarais

Dimanche 30 mars 2014, à 18h30
Musée des beaux-arts de Montréal – Auditorium Maxwell-Cummings
Projeté avec The New Rijksmuseum 3
Séance supplémentaire

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