Entre Il était une fois… La Dolce Vita et Pasolini, la passion de Rome, les points communs abondent ; les points de divergences aussi. Bien sûr, les deux réalisateurs se connaissent et travaillent même ensemble (Les nuits de Cabiria). De plus, leurs mobiles sont assez semblables. Il s’agit pour l’un et l’autre de sensibiliser leurs contemporains à la nécessité de se libérer des contraintes politiques et religieuses qui les écrasent. Ce souci d’éclairer ainsi la part obscure de la société romaine dominée par un régime politique conservateur (la démocratie chrétienne) et la morale répressive du clergé prend, à la sortie de chacun de leurs films, les proportions d’un scandale. Si les moyens, les langages, les lieux où se déroulent les actions diffèrent entre Fellini et Pasolini, l’un et l’autre sont également victimes de la censure. Mais tandis qu’elle assure le succès de La Dolce Vita qui gagne, en 1960, la Palme d’or du festival de Cannes et, par la suite, obtient un triomphe mondial, elle confine les réalisations de Pasolini à demeurer enlisées dans la glue d’interminables procès dont le réalisateur sortira chaque fois gagnant certes, mais amer.

Autant Fellini que Pasolini traite de la libération des mœurs : le premier notamment en s’appuyant sur l’image de la femme perçue par son double, l’acteur Marcello Mastroiani ; le second, en abordant le tabou de l’homosexualité également par le truchement d’un acteur fétiche, Ninetto Davioli.

À la fellinienne légèreté bourgeoise fait contrepoids la pasolinienne gravité prolétaire. Les revers d’une même médaille romaine. Les plans de La Dolce Vita tirent leur inspiration de photos provenant des journaux populistes à grand tirage (rotocalco), en revanche, les plans des films Accatone et Mamma Roma (pour ne s’en tenir qu’à ces deux-là) sont issus de repérages menés par Pasolini dans des quartiers ouvriers de la périphérie de Rome. Fellini sacralise la fontaine de Trevi ; Pasolini donne à la fontaine des Tortues les attraits d’un rendez-vous nostalgique, voire clandestin.

Enfin, Fellini s’envole vers la gloire et règne en roi et maître sur les studios de Cinecitta dès le début des années 1970 ; Pasolini meurt assassiné le 2 novembre 1975. Le film Pasolini, la passion de Rome ne propose aucune explication nouvelle sur ce crime. En revanche, les témoignages qui composent L’Affaire Pasolini étayent la piste d’un meurtre à caractère politique, montrant combien l’instruction a été bâclée et comment de nombreux indices ont été écartés. Près de quarante ans plus tard, les sujets que s’apprêtait à traiter Pasolini dans Petrolio, un livre demeuré inachevé, atteste qu’il mettait en cause des personnalités politiques qui ont bénéficié, ainsi que des membres de leur entourage, d’avantages gagnés avec des complicités tentaculaires tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Italie. Enfin, la forme même du crime laisse clairement comprendre qu’il ne pouvait être l’œuvre d’un seul individu. Mais aujourd’hui, comme l’a écrit Pasolini dans un texte prémonitoire qui conclut le film « être vivant ou mort, cela revient au même ».

L’Affaire Pasolini
Allemagne / 2012 / couleur, n. et b. / 52 min / français
Dimanche 30 mars 2014, à 18h30
Cinémathèque québécoise – Salle Claude-Jutra
Projeté avec La Guerre des volcans

Pour les deux films suivants, il n’y a plus de projection programmée.
Il était une fois... La Dolce Vita
France / 2009 / couleur, n. et b. / 52 min / français, italien s.t. français

Pasolini, la passion de Rome
France / 2013 / couleur / 54 min / français

 

Image
La Dolce Vita

Image
Pasolini, la passion de Rome

Image
L’Affaire Pasolini

 
Autres articles sur les films du FIFA :

Les Chercheurs d’art : Portraits de collectionneurs

The New Rijksmuseum 4 : du rire aux larmes

L'image mouvementée, l'image en mouvement

Tadao Ando, l’architecte du vide et de l’infini

Daniel Buren, Monumenta 2012

Le cri d’Armand Vaillancourt

From Grain to Painting

Marie Chouinard - Le Sacre du Printemps

Une chaise pour un ange