Placés dans l’arrière-salle de la galerie, des éléments sans liens apparents reproduisent un espace de travail : une table à dessin est disposée à l’entrée ; plus loin, une maquette d’architecte attire le regard ; dans un coin, une bâche avec quelques pots de peintures sont placés contre un mur, comme abandonnés. Les éléments de l’œuvre saisissent par leur aspect disparate et inachevé, comme si quelqu’un avait quitté l’espace quelques minutes auparavant. Au centre, une structure en bois supporte des caméras de surveillance placées sur chaque face d’un polygone. En la contournant, on découvre des moniteurs d’ordinateurs qui diffusent les images de la salle où, comme des fantômes, passent des silhouettes. Furtives, ces ombres occupent le décor planté par l’artiste, sur les écrans de contrôle. Le temps défile sans rapport avec notre propre temporalité. Lorsqu’apparaît notre propre image, un malaise émerge. Où vont ces images ? Qui peut s’en servir ?

La mise en scène de sa propre existence à travers l’œuvre interpelle le visiteur et le pousse à la réflexion. D’abord, elle illustre le contrôle qui s’exerce sur lui quotidiennement avec la vidéo-surveillance et l’accumulation de données le concernant. En créant un espace fragmenté où sont éparpillés des éléments liés à l’activité humaine, Sébastien Cliche intègre aussi l’idée de projet à son œuvre. Notion inhérente à l’activité humaine, elle définit les contours de la construction de soi et du contrôle de l’être dans la réalisation de son existence. La rencontre de ces deux éléments interroge chacun sur la construction de l’individu à l’ère de la médiatisation. Par cette mise en abyme, l’artiste rend compte ici de l’emprise de l’être humain sur sa propre vie, mais aussi des mécanismes de domination engendrés par la mise en scène de sa propre existence.

Sébastien Cliche
Self Control Room
Jusqu’au 13 avril

Articule
262, rue Fairmount Ouest
Montréal
Du mercredi au dimanche

Image
Table de travail