Cette présentation contraste toutefois avec la remarquable cohésion des images que l’on pouvait, jusqu’à tout récemment, admirer sur le site de l’artiste (ce dernier a décidé d’enlever ses séries antérieures, pourtant très fortes.) Bien sûr, un site Internet n’est pas une « vraie » exposition, mais pour le public naissant qui suit le photographe depuis quelques temps, l’accueil sera peut-être un peu mitigé. Non pas à cause d’un manque de savoir-faire ou de sensibilité, loin de là, mais par le choix des images de l’exposition (ou leur ordre d’accrochage ?) : le visiteur va peut-être chercher le lien entre telle image et telle autre, d’autant que celles présentées sur le plus grand mur sont assez proches les unes des autres. Peut-être aurait-il fallu placer cette exposition sous commissariat ?

Néanmoins, Steve Veilleux est un artiste à suivre. Comme d’autres jeunes créateurs que l’on voit émerger – et qui, par bonheur, n’habitent pas tous dans les grands centres urbains –, il a grandi et vit toujours à Contrecœur. Arpentant les routes de campagne depuis quelques années, il s’intéresse à montrer les interventions de l’homme sur la nature avec, à la fois, une distanciation et un attachement senti. Pas du tout complaisant, le regard de Steve Veilleux sur le milieu rural est aimant.

En effet, bien que très épurées, avec des éléments souvent isolés, ses compositions portent en elles une grâce, une douceur (particulièrement les scènes d’hiver). Cette faculté d’allier avec finesse l’approche documentaire à celle de la fiction, de les faire coexister harmonieusement, d’en faire émerger une fragilité nouvelle en ne cédant pas à une esthétisation de l’image (qui fait succomber trop de jeunes artistes en photographie et en cinéma au détriment du propos), là réside le talent de Steve Veilleux.

L’artiste ose par ailleurs un regard sur l’environnement plus critique qu’à l’habitude. Espérons qu’il ne se laissera pas happer par une vision trop militante, afin de préserver les instants de poésie insolite qu’il sait créer – bien qu’il soit possible d’arrimer critique et onirisme. L’avenir dira comment Steve Veilleux nous fera part de ses préoccupations.

 
STEVE VEILLEUX
LES RANGS

Jusqu’au 8 juin

Centre culturel Georges-Vanier
2450, rue Workman
Montréal
Métro : Lionel-Groulx

 
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Saint-Albert, 2013

 
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Saint-Amable, 2012

 
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Saint-Antoine-sur-Richelieu, 2013

 
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L’Avenir, 2013

 
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Saint-Rémi, 2013