Rick Leong s’inscrit certainement dans la mouvance du retour à la peinture figurative que l’on observe avec intérêt depuis environ une quinzaine d’années, particulièrement dans le monde anglo-saxon. Cette tendance, très visible, par exemple, dans l’excellente publication saisonnière New American Paintings, influence aussi les jeunes peintres québécois dont nous n’avons pas fini de parler.

Chez Leong, ce qui frappe, c’est cette manière unique de réactualiser le fantastique. En plus d’être un dessinateur et un coloriste hors-pair (le trait est fin, gracieux et assuré, les couleurs très bien agencées, la notion de plan maîtrisée), l’artiste sait tirer profit des influences picturales diverses comme celles du Groupe des Sept, l’imagerie chinoise, l’illustration ou l’esthétique de certains dessins animés populaires.

Cet univers figuratif singulier est composé d’arbres tordus, d’herbes hautes et de plantes grimpantes en mouvement, d’étangs marécageux, de quenouilles, de lacs vaporeux et de rivières déchaînées : tout se côtoie et s’entremêle harmonieusement pour révéler d’énigmatiques silhouettes ou créatures imaginaires tout droit sortis des contes ou des rêves. Les tableaux suivants retiennent l’attention : Dark wood Light sky, Creep, Spill, Hybrid Vigour et le sympathique farfadet (bien qu’un peu naïf) Lichen Gnome.

Les œuvres de cette exposition soient moins convaincantes que ses précédentes, mais on entre encore dans les tableaux de Rick Leong, un peu comme on lit une nouvelle de Guy de Maupassant. Un extrait de La peur (1882) m’est d’ailleurs tout particulièrement revenu à la mémoire : Leong aimerait certainement !

« C’était l’hiver dernier, dans une forêt du nord-est de la France. La nuit vint deux heures plus tôt, tant le ciel était sombre. J’avais pour guide un paysan qui marchait à mon côté, par un tout petit chemin, sous une voûte de sapins dont le vent déchaîné tirait des hurlements. Entre les cimes, je voyais courir des nuages en déroute, des nuages éperdus qui semblaient fuir devant une épouvante. Parfois, sous une immense rafale, toute la forêt s’inclinait dans le même sens avec un gémissement de souffrance ; et le froid m’envahissait, malgré mon pas rapide et mon lourd vêtement. »

 
RICK LEONG
SLEEPWAKING DAYDREAMS

 
Jusqu’au 14 juin 2014

Parisian Laundry
3550, rue Saint-Antoine Ouest
Montréal
Tél. 514 989-1056
www.parisianlaundry.com(lien externe)

 
Photos : courtoisie Parisian Laundry

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Dark wood Light sky, 2014
Huile sur toile

 
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Creep, 2013
Aquarelle, acrylique, huile sur toile

 
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Spill, 2013
Huile sur toile

 
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Hybrid Vigour, 2013
Huile sur toile

 
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Lichen Gnome, 2014
Huile sur toile

 
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Night of the living dead, 2014
Huile sur toile