L’image (un montage numérique) qui montre la colonne au milieu d’un monticule de terre et de sable, entourée d’une architecture nettoyée des « scories » de notre époque, est tout simplement fascinante. La proposition de reconstitution, surprenante de la part d’un historien, s’inscrit judicieusement dans les objectifs du CCA qui consistent à examiner les environnements politiques et les problèmes sociaux liés à l’architecture.

L’exposition éclaire le déroulement de l’entreprise. Comme le signale le petit livret disponible pour consultation, le principe du monticule monumental fait partie de la culture révolutionnaire française du XVIIIe siècle. Il a une valeur symbolique et sert de repère, voire de lieu où brandir des drapeaux révolutionnaires. Pour la colonne de la Place Vendôme, l’ouvrage de démolition a été confié à un ingénieur et supervisé par un directeur temporaire des Travaux publics sous la Commune. De grandes gravures montrent des câbles et des cabestans utilisés pour faire tomber le monument. Tout aussi soigneuse fut l’édification du monticule selon les règles militaires, à l’aide de terre et de fumier accumulés par-dessus une couche de paille et de branches. Il s’agit d’amortir la chute de la colonne et de préserver le réseau d’égouts passant sous la place. Tant de précautions inscrivent le monticule dans une « écologie urbaine courante à Paris en cette époque mouvementée ». Et on est loin ici des images caricaturales qui évoquent facilement le vandalisme des communards durant les 72 jours de la Commune où plusieurs dizaines de milliers d’hommes et de femmes, communards et simples citoyens, ont trouvé la mort.

La mainmise de la Commune sur Paris aura été de courte durée, et dès le retour du gouvernement, la place Vendôme est débarrassée de la terre et des gravats, et les travaux de reconstruction de la colonne (1873-1876) à l’identique sont lancés. Les images illustrant le retour de la colonne comprennent notamment une vue impressionnante prise depuis le sommet de l’échafaudage. Face au décret réclamant la démolition, apparaît en grand sur le mur la pétition en faveur de la reconstruction du monticule, que chaque visiteur peut signer dans un document annexe s’il le désire. En lisant le livret disponible sur place, on comprend que cette démarche vient relayer un désir exprimé par plusieurs groupes et associations en France, à présent que « la Commune est devenue une page mieux acceptée de l’histoire urbaine » et que « des mesures récentes prises par la Ville de Paris comptent l’installation de quelques plaques dans les parcs pour commémorer les lieux où se sont déroulés les combats les plus acharnés du début et de la fin de la Commune ».

La sélection très soignée du matériel à l’appui du propos et la présentation concise et minimaliste qui a été adoptée ont le don de mettre le sujet en valeur, mais aussi d’éveiller la curiosité, de faire le lien avec les moments d’occupation révolutionnaire de nos propres espaces publics contemporains (Occupy, le carré rouge…). Et pour se rafraîchir la mémoire sur la Commune tout en restant dans le visuel, pourquoi ne pas relire l’excellente bande dessinée réalisée par Tardi sur la Commune, à partir du livre de Vautrin, Le Cri du peuple, rééditée en 2011 ?

LE MONTICULE DE VENDÔME

Du 19 juin au 14 septembre 2014

Centre Canadien d’Architecture
1920, rue Baile
Montréal
Tél. : 514 939-7026
www.cca.qc.ca(lien externe)

 
Un livret accompagnant l’exposition est fourni sur place.

Image
Le monticule de Vendôme, tirage numérique, rendu David Gissen et Victor Hadjikyriacou, © David Gissen (2014). Image originale de Gian Marco Valente. © Gian Marco Valente/Dreamstime.com

 
Image
Le monticule de Vendôme, tirage numérique, rendu David Gissen et Victor Hadjikyriacou. © David Gissen (2014). Image originale de Michel Setboun, 2001. © Michel Setboun/Corbis

 
Image
Colonne de la Grande Armée, érigée en bronze sur la Place Vendôme à Paris. Publié dans La Colonne, monument triomphal élevé à la gloire de la Grande Armée par l’empereur Napoléon. 28 Juillet 1833. Collections CCA, Montréal.

 
Image
Chute de la colonne de la Place Vendôme. Publié dans The illustrated London news. 27 mai 1871. Collections CCA, Montréal.

 
Image
Bruno Braquehais, photographe. La statue de Napoléon 1er après la chute de la colonne Vendôme, Place Vendôme, Paris. Dans Siège de Paris, 1870–1871. Mai 1871. Épreuve argentique à l’albumine. Collections CCA, Montréal.

 
Image
Charles Marville, photographe. Restauration de la colonne Vendôme, Paris. 1873–1874. Épreuve argentique à l’albumine. Collections CCA, Montréal.

 
Image
Photographe inconnu. Colonne de la Place Vendôme à Paris. 1851. Épreuve sur papier salé. Collections CCA, Montréal.

 
Image
Jules Andrieu, photographe. Colonne Vendôme abattue le 16 Mai 1871. Dans Désastres de la guerre Mai 1871. Épreuve argentique à l’albumine. Collections CCA, Montréal.

 
Image
Décret du 12 avril 1871

 
Image
Pétition