L’exposition de Laval veut ouvrir là où se fermait celle de Rimouski, c’est-à-dire sur le dispositif de Julie Favreau. Mais la chose qui frappe le plus en entrant dans la salle, c’est une partie de l’installation de Vicky Sabourin : une multitude de faux lièvres morts étalés sur le sol. Ces créatures en laine cardée semblent si réelles que certains visiteurs n’osent pas entrer tellement l’effet est frappant. De toute évidence, le titre de l’exposition est bien choisi...

La commissaire souhaite renverser la position traditionnelle du spectateur : le faire aller de la passivité à l’interaction, l’envisager comme acteur dans une approche performative des œuvres présentées. Le but est de briser la frontière entre « spectateur-sujet » et « spectateur-objet ». Mais dès lors, la question se pose : existe-t-il une passivité complète chez le spectateur, quand on sait que l’un des objectifs premiers de l’art est de remuer les émotions du « regardeur », aussi immobile soit-il ?

L’objectif est néanmoins atteint en ceci que les trois œuvres montrées (des installations/performances/vidéos) font toutes appel à des quidams ou des acteurs non-professionnels pour l’interprétation fictive. Cette méthode, basée sur l’improvisation et le contrôle souple, n’est cependant pas le propre des arts visuels : elle est en fait largement utilisée dans le cinéma de fiction avec des acteurs non-professionnels, depuis les frères Lumière jusqu’aux frères Dardenne, pour rapprocher le plus possible la fiction au réel. Autrement dit, l’art et la vie se confondent. Mais malgré cette démarche, le spectateur « passif » demeure... Est-il en effet possible de s’en débarrasser complètement ?

C’est ce qui se passe ici. Certes, on entre bien dans l’installation de Vicky Sabourin en déambulant avec curiosité au milieu des objets épars ; la vidéo de Julie Favreau renvoie effectivement notre présence en nous invitant à manipuler la matière utilisée dans la trame fictive présentée ; et le dispositif de Jacynthe Carrier propose au visiteur de s’asseoir sur l’estrade en bois que les acteurs construisent dans son film. Les jeux de miroir fonctionnent, mais il y a toujours la possibilité d’un visiteur dans la salle qui continue de « recevoir » plus qu’il ne « fait partie de »…

C’est précisément parce qu’elle aborde cette problématique de la représentation que l’exposition Re : faire comme si… est intéressante. La réflexion sur le geste créateur est également à mentionner. Cela se sent particulièrement chez Julie Favreau et Jacynthe Carrier. Cette dernière qui, dans son film, cadre en gros plan les mains et les pieds de ses acteurs s’affairant à bâtir une structure de bois (la fameuse estrade sur laquelle on est assis) dans des gestes aussi concrets qu’énigmatiques, s’attarde ici à la noblesse qu’est l’acte du travail, du « faire ». Un « faire » artisanal qui tend à se perdre et que l’aspect rustique de l’ensemble de l’exposition vient soutenir. Très beau... La revue 24 images avait déjà consacré un dossier à la question à l’été 2002, Le travail au cinéma : filmer l’infilmable (no 111). Je n’ai pu m’empêcher d’y repenser…

La proposition de Vicky Sabourin est aussi digne d’intérêt : par le truchement du tableau vivant (pendant la performance de groupe), l’artiste réactualise un épisode états-unien d’une invasion de lièvres qui a marqué l’imaginaire collectif du Midwest dans les années 1930. La reconstitution réussie d’un campement rural, rappelant l’univers de John Steinbeck, réactualise d’heureuse manière le conte et la mythologie.

Re : faire comme si… présente en outre une mise en espace convaincante des trois œuvres. C’est une exposition à voir pour tous ceux et celles qui s’intéressent aux notions de récit et de représentation.

JACYNTHE CARRIER, JULIE FAVREAU, VICKY SABOURIN
Re : faire comme si…
Jusqu’au 12 juillet

Salle Alfred Pellan de la Maison des arts de Laval
1395, boul de la Concorde Ouest, Laval
Tél. : 450 667-2040
Métro Montmorency

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Photo : Guy L’Heureux

 
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Photo : Guy L’Heureux

 
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Photo : Guy L’Heureux

 
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Photo : Guy L’Heureux

 
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Photo : Justine Latour