Ainsi quoi de mieux pour commencer l’exposition qu’un film sans son ? Wien 17, Shumanngase (1967) de Hans Seugl offre un plan-séquence filmé en 16 mm depuis l’avant d’une voiture, à Prague. La longueur de la pellicule guide le scénario et la vitesse de la voiture : la pellicule mesurant 30 mètres et le film étant tourné à 24 images par seconde, cela laissait exactement 2 minutes 15 secondes au réalisateur pour atteindre sa destination. Bien qu’il s’agisse d’un film muet, on perçoit presque les sons. Comment ne pas entendre le moteur grondant, l’écho de la rue, le bruit des pneus sur le pavé ? On imagine, par ailleurs, que ce film a inspiré Claude Lelouch, 10 ans plus tard : dans C’était un rendez-vous, il utilise le même procédé et le même angle de caméra, mais cette fois dans Paris…

Plus récent, paths of g (2006) de Dietmar Offenhuber propose une vision surréelle du paysage. Cette fois, c’est la trame sonore qui construit la représentation. S’il utilise celle de Paths of Glory de Stanley Kubrick, l’artiste a cependant fait subir un traitement numérique au film qui ne permet plus de reconnaître l’image originale. Ainsi, des pixels ou des fragments remplacent les humains, dont on entend les voix, et les paysages défigurés de la Première Guerre mondiale, évoquant l’absurdité de cette même guerre.

Dans 3/60 Baüme im Herbst (Les arbres en automne) de Kurt Kren, le son se matérialise par le truchement de la pellicule. À la manière de Norman McLAren, Kren a peint directement sur le film avec de l’encre de chine. Le souffle du vent dans les branches est rendu par un grondement sourd qui produit un détachement entre l’image et le son. On notera aussi NightStill (2007) d’Elke Groen qui présente les paysages alpins de façon inquiétante avec des plans fixes sombres. Le défilement des images en accéléré produit un certain inconfort.

Du son tracé à même la pellicule à la production de musique électronique par ordinateur, l’exposition Electronic Sound in a Shifting Landscape offre un aperçu de l’évolution des techniques de production du son et de l’image. Dans le récit construit par Steve Bates, on perçoit le questionnement des artistes sur la place de la vidéo d’art et sur celle de musique. Et à travers leurs différentes approches, une critique et une remise en question de la représentation formelle unissant le son et l’image.

 
Electronic Sound in a Shifting Landscape

Commissaire : Steve Bates, en collaboration avec sixpackfilm et Index DVD (Vienne) Artistes: Siegfried A. Fruhauf, Michaela Grill, Elke Groen, Dariusz Kowalski, Annja Krautgasser, Kurt Kren, Johann Lurf, Dietmar Offenhuber, Billy Roisz, Leo Schatzl, Hans Scheugl, Lotte Schreiber, Michaela Schwentner et Peter Weibel

Jusqu’au 13 septembre
Gratuit, du mardi au samedi de midi à 17 h

DAZIBAO
5455, avenue de Gaspé
Local 109 (rez-de-chaussée)
Montréal

Image
Siegried A. Fruhauf
Mountain View, 1999