Sa quête l’entraîne à l’intérieur d’une sombre demeure dont elle gravit les escaliers. Elle y croise, assis dans une pièce sombre, des êtres mystérieux et, plus haut, deux femmes enlacées. La dimension onirique de l’œuvre est largement relayée par l’usage du flou.

On est d’emblée capté par les images de la mer agitée et souveraine, par le beau visage rempli d’appréhension de Nathalie Portman. Ensuite, l’apparition fugace d’une figure (un homme) marchant dans l’eau et la poursuite de cette présence fantomatique par la jeune femme sont filmées de manière floue, et le spectateur se sent entraîné dans les hallucinations de la protagoniste qui évolue dans l’espace à la manière d’une somnambule. Parfois, des objets, telle qu’une nappe, se mettent à onduler. La lente montée de l’escalier – motif hautement freudien – entretient une sorte de suspense. La figure fantomatique de l’homme refait une apparition dans un corridor. On distingue à peine le décor, la caméra détaille brièvement quelques personnages qui semblent complètement indifférents à l’arrivée de la jeune femme dans la pièce où ils sont assis. Le flou règne en maître. Le point culminant de la narration est le moment où Nathalie Portman découvre que le visage grimaçant et hurlant qui surgit du giron de la vieille femme dont elle s’est approchée est le sien. On voit à nouveau la jeune femme debout devant la mer, du moins c’est ce qu’observe la protagoniste du récit postée derrière une fenêtre de la maison. Elle se voit jeter un dernier regard sur les vagues qui déferlent.

Dans ce film, Neshat met de côté les préoccupations sociopolitiques liées au contexte iranien pour s’intéresser à la rêverie, l’angoisse, le questionnement d’un individu face à son destin ou son avenir. Les motifs choisis pour illustrer l’angoisse sont ceux des cauchemars que l’on fait couramment. Les plans sont beaux, le rythme est fluide, mais il y a dans le scénario quelque chose d’assez convenu, voire de banal, qui affaiblit la portée du film. Le traitement abusif du flou lasse l’attention. Le personnage incarne-t-il l’hésitation de l’humanité en général face à son avenir ? L’errance est-elle celle de l’art qui peine à trouver sa place dans le monde ?

Du propre aveu de Neshat, son film rend aussi hommage au cinéma expérimental de Cocteau, de Man Ray et de Maya Deren. La façon dont cette dernière traite la plage et les flots, dans Meshes par exemple, en faisant de véritables supports de la psyché du personnage, est époustouflante. À la lumière du souhait déclaré de la Biennale de réunir des artistes qui réagissent au monde contemporain en envisageant l’avenir, on ne peut s’empêcher de penser que les œuvres plus anciennes de Neshat auraient été beaucoup plus pertinentes. Ses extraordinaires vidéos d’il y a quinze ans étaient si fortes qu’on y recevait comme un souffle puissant la réflexion de l’artiste sur l’avenir ou le non-avenir des relations entre les sexes dans son pays d’origine. Chaque plan y retentissait comme un cri. Et les années qui ont suivi n’ont certainement pas invalidé les nombreuses interrogations que Neshat livrait dans ces vidéos. Mais Illusions & Mirrors est loin de posséder cette force qui grave un film dans la mémoire et en fait un tremplin pour réfléchir sur l’avenir, que ce soit le nôtre ou celui de l’art.

 
BIENNALE MONTRÉAL 2014
Shirin Neshat
Illusions & Mirrors

Du 22 octobre 2014 au 1er février 2015

Musée des beaux-arts de Montréal
Pavillon Jean-Noël Desmarais
1380, rue Sherbrooke Ouest
Montréal
Tél. : 514 284-2000
www.mbam.qc.ca(lien externe)

 
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