Le titre de l’œuvre est Courtroom Drawings – Steubenville Rape Case, Text Messages Entered As Evidence que l’on pourrait traduire par Croquis d’audience – Le cas du viol de Steubenville : les textos comme preuve. Cette appellation, très documentaire, fait penser à un mémoire déposé, et pour cause. L’artiste a assisté l’an dernier au procès des deux adolescents en prenant scrupuleusement en note tous les messages textes qui s’étaient échangés entre eux et d’autres amis (comprenant la victime qui dit ne rien se rappeler). Ces SMS ont servi de preuve pour accuser formellement les agresseurs.

L’installation met donc en scène cinquante-six dessins exécutés au crayon feutre bleu, évoquant des ciels ou des fonds marins (magistralement rendus par l’accumulation de traits), sur lesquels les échanges de textos ont été imprimés. Ce qui glace le sang, c’est de constater le ton insensible et vantard des garçons à l’égard du crime qu’ils viennent de commettre et l’indifférence de la victime qui va jusqu’à remercier ses bourreaux en disant : «Thanks. I hate my life. I don’t even know the the fuck happened» («Merci. Je déteste ma vie. Je ne sais même pas que la baise a eu lieu»).

En laissant flotter ces mots sur un fond glacial que l’on comprend être celui du cyberespace, Andrea Bowers suggère la déshumanisation du monde numérique et le mode de vie artificiel qu’il entraîne. Elle dénonce aussi la culture du viol par un autre dessin où l’on voit trois manifestants du groupe Anonymous brandissant des pancartes. L’artiste y va donc d’une charge engagée et politique. Mais il y a plus, il me semble.

Comment en effet ne pas voir dans cette œuvre la représentation du vide abyssal ressenti par une certaine jeunesse sur le plan des valeurs, de la morale et de l’éthique? Et plus largement, le vide spirituel qui caractérise la société postmoderne, toujours plus assoiffée dans sa course à la consommation et aux plaisirs immédiats? Ces questions sont devenues taboues de nos jours et pourtant, elles fondent notre humanité. Il serait certainement pertinent que l’homme contemporain pense davantage au sens de la vie...

Je remercie Andrea Bowers pour cette œuvre très forte qui fait réfléchir. Elle figure, selon moi, parmi les meilleures de cette édition 2014 de la Biennale de Montréal.

 
Andrea Bowers
Courtroom Drawings – Steubenville Rape Case, Text Messages Entered As Evidence
Jusqu’au 4 janvier 2015

BNLMTL2014
Musée d’art contemporain de Montréal
185, rue Sainte-Catherine Ouest
(angle Jeanne-Mance)
Montréal
Tél. : 514 847-6226
www.macm.org(lien externe)

 
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