Présentant plus d’une vingtaine d’œuvres monochromes en noir et blanc, cette exposition donne à voir un travail sérieux de recherche et de composition tournant autour de la thématique du bestiaire, chose plutôt rare de nos jours. Sylvie Plante procède par étapes précises qui consistent à 1) saupoudrer aléatoirement de la suie de poêle à huile sur une feuille de papier ; 2) étendre de manière tout aussi intuitive et spontanée la matière carbonisée au moyen d’un médium acrylique et d’un pinceau ; 3) créer une estampe de ce «dessin» en apposant une feuille vierge par-dessus et en pressant avec un rouleau ; 4) relever et peaufiner avec un crayon à l’encre de chine les formes minérales, végétales et animales que perçoit l’artiste dans la composition ainsi révélée ; et 5) maroufler cette estampe sur une toile.

L’artiste parle de son processus de création en utilisant le terme paréidolie (1), mot peu connu mais qui, pourtant, décrit une expérience de perception connue de tous : la capacité de voir des formes et des visages dans les éléments de la nature, les nuages en constituant l’exemple par excellence. C’est à partir du résultat de cette expérience sur sa feuille que naissent les images étonnantes de Sylvie Plante.

Tantôt figuratives, tantôt plus abstraites, les bêtes ainsi révélées sont imbriquées les unes aux autres de manière organique, complexe et structurée. Vus de loin, les dessins de l’artiste forment souvent une masse uniforme et dense qui évoque le roc et la fossilisation. Mais lorsqu’on s’approche, l’œil découvre une fascinante chorégraphie visuelle dont les multiples ramifications donnent l’impression d’un ordre émanant du chaos : ces créatures semblent s’extirper de la matière, pétries et en devenir, comme dans l’évocation mythologique du commencement des Temps où, de la glaise et des eaux, sont sortis les animaux et les plantes.

Plusieurs œuvres sont à retenir dont Animal Nation #141, #130, #109, #139, #127 ainsi que Rouleau, une pièce sur papier kraft suspendue au plafond, mais l’exposition aurait gagné à être plus épurée : il y a trop de cadres. Aussi, bien que les sculptures soient mises en valeur sur des bûches de bois, elles sont généralement moins fortes que les œuvres picturales. Néanmoins, une artiste à découvrir.

(1)Paréidolie : du grec ancien para, « à côté de », et eidôlon, diminutif de eidos, « apparence, forme ».

 
Sylvie Plante
Animal Nation

Du 11 janvier au 1er février 2015

Galerie Renée-Blain
Centre socioculturel de Brossard
7905, avenue San Francisco
Brossard
Tél. : 450 923-6311

Mercredi, de 13 h à 17 h et de 19 h à 21 h
Jeudi et vendredi, de 19 h à 21 h
Dimanche, de 13 h à 17 h

 
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Animal Nation 109, 2014
Suie et encre sur carton

 
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Animal Nation 110, 2014
Suie, encre de Chine et crayon sur papier marouflé sur toile canevas

 
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Animal Nation 127, 2014
Suie et encre de Chine sur papier Stonehenge

 
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Animal Nation 130, 2014
Suie et encre de Chine sur papier Stonehenge

 
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Vue d’exposition

 
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Vue d’exposition

 
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Vue d’exposition

 
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Vue d’exposition

Toutes les images sont de Guy L’Heureux.