En réunissant le récit fragmenté de trois artistes de la péninsule, la commissaire Stéphanie Bertrand s’interroge sur les conséquences sociales de la crise dans le pays. Le traumatisme sans précédent qu’a créé cette rupture des structures sociales et étatiques aurait-il pu engendrer un état de « schizophrénie » dans la société grecque ? Au cœur de cette rupture entre l’individu et le social, l’art est-il encore à même de ré-enchanter, de créer du lien ?

Les collages de Katerina Athasanopoulou mettent en scène des formes et des figures absurdes. Dans The View from my Window (collage, 2012) et Blow Up (collage, impression jet d’encre sur papier aquarelle, 2010) s’affrontent des images d’archives, représentations collectives de notre anxiété, et des corps découpés, réduits à l’état d’éléments. En alliant ces formes, l’absurdité et le chaos apparaissent. Çà et là, dans les nombreux collages présentés, gisent les restes d’une Grèce antique, un passé révolu, glorieux, en confrontation avec le désespoir contemporain lié à la crise.

Le film d’animation Engine Angelic (2001), de Katerina Athasanopoulou, frappe d’abord par l’ironie de son titre. L’artiste met en scène un paysage industriel fait de tuyaux et de machines où le rouge prédomine. De cet enchevêtrement surgissent des formes complexes, fluides et disparates. Le film fait écho à celui présenté dans la grande salle, Argonautica (2003), où des théorèmes et des chiffres se croisent pour donner naissance à des objets vides de sens. De ces deux œuvres se dégage une forme de romantisme en rapport avec la communication moderne et notre incapacité d’assimiler les mécanismes complexes qui régissent les nouveaux moyens d’échanges.

L’espace de La chambre des machines est conçu pour être oppressant, sombre. Il s’y effectue un va-et-vient entre les références du traumatisme lié à la crise et les liens individuels dans le rapport aux nouveaux moyens de communication. Le passage entre les œuvres s’effectue dans cette relation et confronte la saturation sémantique de l’ère moderne au besoin individuel d’un retour à une intériorité profonde.

 
Katerina Athasanopoulou, Lena Athasanopoulou et Zoe Giabouldaki
La chambre des machines
Vidéos, collages, photographies
Du 10 janvier au 7 février 2015

Commissaire: Stéphanie Bertrand

Centre des arts actuels SKOL
372, rue Sainte-Catherine Ouest
Local 314
Montréal
Tél. : 514 398-9322
http://skol.ca/(lien externe)

Du mardi au samedi, accès libre

 
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Lena Athanasopoulou