En trois jours, 1 882 caisses contenant plus de 4 000 œuvres, dont La Joconde et la Vénus de Milo, vont prendre le chemin du château de Chambord. S’y ajouteront bientôt 400 caisses d’archives, dessins, meubles, ainsi que les vitraux de plusieurs cathédrales et les richesses des musées de province dont il est aussi responsable. En août 1939, quelques jours avant la déclaration de guerre, Jaujard ferme le musée maintenant vide.

À Chambord, la crainte des bombardements va forcer un nouveau départ vers des châteaux moins exposés de la région. Selon les fluctuations de la guerre, d’autres déménagements suivront. La protection des œuvres continue cependant malgré le régime de Vichy, dont le ministre de tutelle de Jaujard voudrait sa peau. Malgré aussi les Allemands, car l’officier chargé de le surveiller, le professeur d’université Wolff-Metternich, le soutient au point qu’il est accusé d’être francophile, et sera rappelé par Goebbels.

D’autres problèmes vont surgir : les dangers d’incendie et l’humidité, si bien réglés en dépit de tous les obstacles que, à la fin de la guerre, aucune des œuvres qui retourneront au Louvre n’aura été endommagée. Tout comme, lorsque les Allemands envahiront la zone libre, vont en causer les trajets au milieu de milliers de réfugiés fuyant sous la mitraille des avions ennemis, ou lorsque des ponts, des viaducs et de grands arbres obligeront à des détours difficiles.

 
Pendant ce temps au Jeu de Paume, de connivence avec Jaujard, Rose Valland prend note de tous les tableaux volés par Goering ou réquisitionnés comme propriétés juives dans les caves où ils étaient cachés, mais elle doit laisser les SS jeter au feu plus de 200 œuvres, dont des Picasso et des Miró.

Au cours de ces années noires, Jaujard connaîtra un moment rose : sa rencontre avec Jeanne Boitel, émissaire de la Résistance, dont il va devenir follement amoureux.

La guerre terminée, Jaujard sera honoré de diverses façons avant de devenir, en 1959, secrétaire général du ministère que de Gaulle a offert à Malraux, celui des Affaires culturelles. Après avoir mené à bien des dossiers fort complexes, à la fin de 1966, pour des raisons connues de lui seul, Malraux le révoque, lui promettant un autre poste. Jaujard en attendra en vain des nouvelles et mourra dix mois plus tard. Le sauveur des trésors du Louvre n’aura pas trouvé grâce devant l’auteur du Musée Imaginaire ! Autre paradoxe : après l’avoir mis à la porte, Malraux nommera en son honneur une des portes d’entrée du Louvre la porte Jaujard.

L’excellent film des Français Jean-Pierre Devillers et Pierre Pochard, produit par le Louvre sur un sujet français avec des intervenants français, nous arrive avec un commentaire anglais se superposant d’une façon aussi incongrue qu’irritante. Il n’en demeure pas moins à voir.

The man who saved the Louvre
France | couleur, n. et b.| 60 min | anglais s.-t. français

Samedi 21 mars à 16 h
Musée des beaux-arts de Montréal
Auditorium Maxwell-Cummings
1379, rue Sherbrooke Ouest
Montréal

Mercredi 25 mars à 16 h
Musée des beaux-arts de Montréal
Auditorium Maxwell-Cummings
1379, rue Sherbrooke Ouest
Montréal

 
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