Dans le travail préparatoire d’un artiste, la recherche tient un rôle prépondérant. Et si l’on s’intéresse, comme Simon Starling, à l’essence même des matériaux et à leur provenance, dès lors, des histoires peuvent naître. La monumentale pièce Bird in Space met en avant le goût de l’artiste pour l’histoire de l’art lorsque celle-ci croise l’histoire humaine. Cette immense plaque en acier est un clin d’œil à une pièce de Constantin Brancusi, qui, lors de son entrée sur le territoire américain, avait fait l’objet d’un procès et détermina par la suite la place de l’œuvre d’art.

Dans la même salle, deux autres imposantes sculptures occupent l’espace, The Long Ton (2009) et Flaga (2002) ; elles flottent dans la salle et défient temps et espace. Là encore, le rapport entre la matière, le temps et l’espace unit les œuvres. Dans The Long Ton, deux blocs de marbre, l’un de Chine, l’autre d’Italie, se maintiennent mutuellement en équilibre, reliés par des cordes.

Starling, à travers ses récits, parle du pouvoir de transformation que l’art peut véhiculer. Mais ce pouvoir peut-il aussi être destructeur, peut-il aussi anéantir l’artiste au cours de sa carrière ? Il fournit un élément de réponse dans Autoxylopyrocycloboros (2006), une pièce composée de 38 diapositives mettant en scène l’artiste dans une chaloupe qui se consume pour avancer. Équipé d’un moteur à vapeur, le bateau est obligé de s’alimenter de son propre bois constitutif pour avancer.

L’histoire se croise, et l’œil de l’artiste en dévoile ses détails. C’est dans l’infime et le hasard que se loge la vérité, semble dire Starling. L’installation Project for a Masquerade (Hiroshima) (2010-2011) présente une série intrigante de masques nô, accompagnée d’une vidéo sur le lien entre deux sculptures d’Henry Moore, Nuclear Energy, présentes à Chicago et Hiroshima.

Cette rétrospective sur 10 ans de création de Simon Starling – qui a emporté le prix Turner en 2005 – emmène le visiteur au cœur de la démarche de l’artiste ; elle porte un regard sur ses réflexions sur son rapport au monde, à l’histoire de l’art et à la matière.

 
Simon Starling
Metamorphologie
Jusqu’au 10 mai 2015

Musée d’art contemporain de Montréal
185, rue Sainte-Catherine Ouest
Montréal
Tél. : 514 847-6226
www.macm.qc.ca(lien externe)

 
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Autoxylopyrocycloboros, 2006

 
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The Long Ton, 2009