Nous sommes dans la Quinta Del Sordo, la ferme où Francisco de Goya s’est retiré entre 1819 et 1823, non loin de Ségovie, plus que jamais enfermé dans sa surdité et sa colère devant les désastres de la politique espagnole et de la guerre en général. Il est entouré de sa compagne Leocadia Weiss, de Rosario, la fille de celle-ci, et de son assistant Pedro. Entre le tyrannique Goya et la jeune Rosario pleine de vie, les relations sont houleuses, Goya se montrant volontiers cruel. Cependant, il s’attache peu à peu à cette enfant dont le récit laisse deviner qu’elle pourrait être sa fille. C’est à travers les yeux de Rosario que l’on voit Goya terroriser son environnement, travailler à ses sujets et entreprendre un jour, dans un geste de fureur, de recouvrir les murs de sa demeure d’immenses peintures que l’on appellera plus tard ses Peintures noires. Lorsqu’il montre à l’enfant l’une d’elles, Le Chien (clou de la série des Peintures noires, visible au Prado), c’est pour lui affirmer qu’ainsi son animal favori (qu’il vient de tuer) sera vivant pour toujours.

L’effrayant Saturne dévorant l’un de ses fils, symbole du Temps et de l’angoisse de disparaître du peintre, est l’un des pivots de l’histoire imaginée par le talentueux auteur et scénariste Olivier Bleys. Dessinés par Benjamin Bozonnet à la plume, complétés de crayonnés, dans les couleurs bleu, rouge foncé et gris parme, les personnages sont rendus par des traits vifs et acérés, sans complaisance, dans un décor dépouillé. La figure de Goya, tout en replis et en postures courbées, surmonté d’un visage pointu tourmenté, est très convaincante. Il ne s’agit que d’un épisode de la vie de Goya : l’objectif de cette nouvelle série, « Les Grands Peintres », conçue par les éditions Glénat est de prendre un moment précis de la vie d’un peintre pour resituer le contexte personnel et historique d’une œuvre emblématique. L’épisode est romancé, mais on en garde un souvenir précis qui donne envie d’en savoir plus sur le peintre et son œuvre. À la fin de l’album, fidèle au concept développé pour cette série, un cahier documentaire et pédagogique de huit pages (rédigé par Dimitri Joannidès, expert en art moderne et contemporain), très réussi ici, décrit plus en détails la carrière de Goya et le contexte historique de son œuvre. Cet album Goya se lit aussi bien comme une introduction au peintre que comme une bande dessinée sensible et intéressante qui tente d’aller au cœur de la personnalité de l’artiste, de l’œuvre, en restant graphiquement en lien avec celles-ci.

La collection «Les Grands Peintres» des éditions Glénat proposera 10 albums par an (30 en tout), dont les auteurs et dessinateurs varient. Deux autres volumes sont parus déjà : Jan Van Eyck et Toulouse-Lautrec. Suivront en 2015 Pieter Bruegel, Georges de La Tour, David et Léonard de Vinci.

 

Goya, série « Les Grands Peintres »
Olivier Bleys & Benjamin Bozonnet, Glénat, 2015, 56 pages
http://www.glenatbd.com/bd/les-grands-peintres-goya-9782723497084.htm(lien externe)

 
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