C’est en fuyant l’Allemagne nazi que Horst arrive à Paris dans les années 1930 et commence à travailler comme apprenti pour Le Corbusier. Sa rencontre avec Mehemed Agha en 1931 (directeur de Vogue aux États-Unis) changera sa vie. En travaillant pour Vogue, Horst tisse des liens avec les grands couturiers, leurs modèles et les artistes de l’époque, comme Coco Chanel, Salvador Dali, Greta Garbo…

L’exposition s’ouvre sur ses premiers clichés en noir et blanc réalisés pour Vogue dans les années 1930 et montre à quel point les grands peintres ont inspiré son œuvre. Tout, dans ses photographies personnelles ou celles réalisées pour les magazines de mode, respire les compositions de grands maîtres de la peinture. Les deux tirages Odalisque (1 et 2) font directement référence au tableau du même nom peint par Ingres, et on y retrouve le même travail sur le corps et la lumière. Plus loin, c’est la lumière et le goût de la mise en scène de Vermeer qui resurgissent autour d’un portrait de son amie Helen Fonsagrive. Si les références aux peintres anciens sont très présentes dans son travail, Horst accordait aussi beaucoup d’importance à ses contemporains.

C’est avec Dali qu’il entreprend plusieurs études aux inspirations surréalistes. Avec comme modèle Lisa Schiaparelli, les deux artistes provoquent et s’amusent en jouant avec le corps, les végétaux et… les crustacés. On retrouve aussi l’imagerie de Dali dans ses essais, les morceaux de bois apposés au corps comme des protubérances, des prothèses.

Il est par ailleurs plus surprenant de découvrir ses études sur des thèmes liés à la nature. Pour son deuxième livre, Patterns from Nature (1946), il réalise une série dans les jardins botaniques de New York, mais aussi en Nouvelle-Angleterre et au Mexique. On y découvre une certaine fascination du photographe pour les motifs naturels dont il magnifie l’expression avec de superbes gros plans. Ses collages avec des détails de cactus ou des feuilles d’arbre ont déjà des élans psychédéliques et préfigurent un changement d’approche dans la technique. Mais surtout, elles frappent par leur étonnante contemporanéité.

L’exposition se termine par les photographies de nus réalisées dans les années 1950. Ici, c’est un travail de sculpteur qu’entreprend Horst. Les corps d’hommes semblent modelés, pétris, et évoquent immanquablement Rodin et les statues classiques grecques.

Cette exposition de grande ampleur offre un voyage dans le XXe siècle. On y croise les turpitudes de la guerre, mais aussi les grands artistes qui ont marqué le siècle et ont accompagné ou inspiré Horst P. Horst. Elle ouvre un regard sur la vie d’un artiste, ses inspirations et son intimité.

La rétrospective est organisée par le Victoria and Albert Museum de Londres.

Horst : photographe de l’élégance
Jusqu’au 23 août 2015

Musée McCord
690, rue Sherbrooke Ouest
Montréal
Tél. : 514 398-7100
www.musee-mccord.qc.ca(lien externe)

 
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Costumes de Salvador Dali pour le ballet de Léonide Massine Bacchanale, 1939
© Condé Nast / Succession Horst

 

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Corset de Detolle pour Mainbocher, 1939
© Condé Nast / Succession Horst

 

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Tailleur du soir et coiffure de Schiaparelli, 1947
© Condé Nast / Succession Horst

 

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Motifs créés par la nature – collage photographique, vers 1945
© Condé Nast / Succession Horst