D’origine anglaise, Shonibare a toutefois passé la majeure partie de sa vie au Nigéria, à Lagos, avec sa famille. Ce n’est que plus tard qu’il est revenu à Londres pour des études en arts. Ses œuvres exercent toujours un va-et-vient entre plusieurs points de vue culturels. Les costumes dont il revêt ses sculptures en sont un bon exemple. Ce tissu coloré, que l’on appelle le tissu « wax », est associé de façon stéréotypée à l’Afrique, alors qu’il est majoritairement produit en Hollande et puise ses origines en Indonésie. C’est cette forme de paradoxe qui émerge dans les mécanismes de réappropriation culturelle et qu’utilise Shonibare comme levier humoristique dans presque toutes ses œuvres.

La première sculpture se dresse dans la grande salle, seule et éclairée par un faisceau de lumière dans une pièce noire. Elle représente un homme, qu’on devine être un valet, avec une mappemonde en guise de tête. Il porte un amas de valises sur le point de s’effondrer sur son dos. Le fameux tissu « wax » dont il est vêtu donne à l’œuvre un accès immédiat et contradictoire. D’emblée, les mécanismes de Shonibare se mettent en place : la position du personnage, écrasé sous le poids des valises, établit un contrepoint aux couleurs chatoyantes du textile et vient suggérer les relations de pouvoir que l’Europe entretient avec l’Afrique. Le paradoxe réside aussi dans le style des costumes, des costumes de l’époque victorienne, mais aux couleurs vives.

Le deuxième bâtiment présente une partie du travail de l’artiste plus orientée sur la recherche et sur l’histoire de l’art. L’un des premiers tableaux, intitulé La Méduse, fait bien sûr référence au tableau de Théodore Géricault, Le radeau de la Méduse : même composition, dans le découpage de l’œuvre ainsi que dans le choix des couleurs. Mais de façon ironique, le radeau a été remplacé par un navire de la marine anglaise de l’ère victorienne. La référence et le détournement de cette œuvre lui confèrent un côté humoristique, en déplaçant le regard humaniste de Géricault vers l’histoire sanglante de l’esclavage de la colonisation. L’humour qui émane de l’œuvre crée un décalage chez le spectateur et permet de traiter des thématiques de mélange et d’appropriation, d’appartenance et de marginalisation.

Après les frères Chapman et Richard Mosse, DHC/Art offre encore une exposition de grande ampleur d’un artiste contemporain. L’éventail des œuvres proposées permet une vue sur l’ensemble du travail de Yinka Shonibare MBE.

Yinka Shonibare MBE
Pièces de résistance

Jusqu’au 20 septembre 2015

DHC/ART Fondation pour l’art contemporain
451 et 465, rue Saint-Jean
Montréal
Tél. : 514 849-3742
www.dhc-art.org(lien externe)

Entrée libre

 
Image
De gauche à droite :
Nelson’s Jacket, 2011
La Méduse, 2008
Courtoisie de DHC/ART Fondation pour l’art contemporain
Photo : Richard-MaxTremblay

 
Image
Mr.and Mrs.Andrews without their Heads, 1998
Courtoisie de DHC/ART Fondation pour l’art contemporain
Photo : Richard-MaxTremblay