Entre une composition de Suzor-Côté et un tableau de Pellan, entre l'église du Saint-Coeur-de-Marie à Québec (1920) et la chapelle Mariale du Lac-Bouchette, entre un monument commémoratif de Philippe Hébert et l'une quelconque des œuvres de son fils Henri, bref entre l'époque 1920 et celle où nous vivons, il existe un tel écart, une telle dissemblance qu'on peut affirmer que, depuis un quart de siècle, nous connaissons une véritable renaissance de nos arts plastiques. Que cette renaissance n'ait pas produit tous les résultats qu'on était en droit d'en attendre, cela ne change rien à l'affaire. Après une période d'arrêt, disons plutôt de calme, l'art du Canada français est maintenant en pleine évolution; il avance parfois sur des voies d'évitement — ce qui est peut-être inévitable —, mais il bouge. Et la démonstration en serait péremptoire si l'on s'avisait de rapprocher, en une vaste exposition rétrospective, l'art de l'époque 1910-1930 et l'art de notre temps. On constaterait dans la première partie de cette rétrospective que certaines disciplines brilleraient par leur absence — par exemple l'orfèvrerie, la peinture murale, l'émaillerie; que d'autres disciplines, comme le bas-relief, la ferronnerie, la céramique, ne seraient représentées que par de rares morceaux, d'une qualité médiocre d'ailleurs.

Il s'agit donc d'une renaissance, et le mot n'est pas trop fort. Renaissance profonde, qui affecte non seulement le monde des formes et des couleurs, mais aussi et surtout l'esprit même de l'oeuvre d'art.
Un tel mouvement ne peut se soutenir ni s'épanouir s'il n'existe un contact étroit entre les artistes et le public, c'est-à-dire entre les producteurs et les consommateurs de la chose artistique. Ce contact étroit, seule une revue d'art peut l'assurer avec plénitude et efficacité, à condition qu'elle ouvre ses pages à tous les éléments de la culture humaine. C'est le rôle qu'entend jouer Vie des arts dans la nation.

Notre revue sera donc essentiellement un organe d'information, aussi large et aussi complet que possible. Toutes les disciplines artistiques y auront leur part, celles du passé comme celles d'aujourd'hui. Les tendances actuelles y seront l'objet d'un examen soigneux et impartial; car Vie des arts n'est point dirigée contre tel ou tel groupement d'artistes, mais plutôt vers une plus grande compréhension de l'art. A l'heure où le fossé se creuse plus profond entre un certain art, qui est légitime, et un certain public qui ne demande qu'à comprendre mais qui n'en a pas toujours le pouvoir, le moment n'est pas à la querelle plus ou moins stérile, mais à l'action éducative.

Faire comprendre l'oeuvre d'art, la faire sentir. La tâche est lourde assurément. Aussi bien Vie des arts compte-t-elle sur la collaboration constante de ses lecteurs pour parvenir à ses fins.

La DIRECTION

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