Fils d’un grand architecte, Carlo Scarpa, il avait de fortes chances de devenir un artiste. Sa première œuvre, il la mit au monde au moment où son père recevait le prix Olivetti. De la chaise née ce jour, il parle avec abondance, notant qu’au fait, « il ne suffit pas d’être architecte, il faut un petit peu plus ». Ce coup de pied donné à papa, Tobia Scarpa va poursuivre son propre chemin. Chemin de bonheur, et quand la peine viendra, il l’accueillera avec philosophie. Venise, ville constamment mourante, inspire cette sage attitude.

 
Le film montre un Scarpa, quintessence de l’Italien. La parole est vive et difficile à suivre quand il faut la commenter, (italien avec sous-titres anglais !) mais les propos du personnage valent d’être notés.

On voit le designer à l’usine, travaillant directement avec un coupeur de métal, tête-à-tête de belle et plaisante égalité. Les explications qu’il donne réjouiront sûrement ses collègues architectes ou designers mais elles ne freinent pas le rythme du film, qui demeure fluide tout au long.

Scarpa, suivi par la caméra de façon très naturelle, crayon en main et commentaire sur les lèvres, est tout plaisir pour le spectateur. Sa tignasse et sa courte barbe poivre et sel, ses lunettes en équilibre fluctuant sur le nez et sa main faisant courir sur le papier l’esquisse d’un nouveau plan, deviennent vite familières.

« Parfois, on fait des avions de papier et il faut qu’ils volent ! Alors, tant qu’on n’est pas arrivé à maîtriser la relation entre l’air, le papier, la colle et le poids de l’appareil, on recommence ! » Pour lui, la nature du matériau crée une différence propice au dialogue. La styliste Marie Saint Pierre disait la même chose dans le film que lui consacre Janice Zolf.

À l’occasion, Scarpa se montre un peu fleur bleue. « De quelle couleur est le sang des anges ? » demande-t-il. Ce qu’il éclaire par cette réflexion : « Lire un poème, tomber amoureux, n’est-ce pas se sentir vivant ? ».

Le film a été tourné chez lui, dans la maison dont, avec sa femme, il a dessiné les plans. L’édifice est planté au milieu d’un grand terrain qu’ombragent des érables. La nature et le silence dominent les lieux. C’est beau tout simplement.

Note :

Ce 34e FIFA marque le retrait de René Rozon en tant que directeur général de cet événement. Au fil des années, cette manifestation dont il est le fondateur s’est imposée comme l’une des plus extraordinaires contributions à la vie culturelle de Montréal et à son rayonnement dans le monde. Ce fait mérite d’être souligné.

 
Tobia Scarpa. (The Secret Soul of Things) L’anima segreta delle cose Film d’Elia Romanelli. 32 min. Couleur.
Sous-titres anglais.
Le samedi 19 mars à 12h30 au Centre Canadien d’Architecture.
"Fiche du film"(lien externe)

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Autre film au programme : "Les sièges de Monsieur Paulin"(lien externe)
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