Lors des deux premières expositions du programme Archéologie du numérique qu’on a pu voir en 2013 et 2014, le Centre avait montré de manière très détaillée l’intégration du numérique dans la pratique de l’architecture, générant du coup une nouvelle base de connaissances dans le domaine de l’architecture numérique.

On y voyait comment certains projets de Eisenman et Gehry entre autres avaient nécessité la mise au point d’outils technologiques inédits.

Mais l’accès aux fichiers numériques était resté limité, car de nombreux fichiers avaient été perdus, le matériel de stockage et les formats étant devenus obsolètes.

Intitulé Complexité et convention, le troisième et dernier volet du programme, toujours sous l’égide du commissaire Greg Lynn, présente une situation différente: les documents numériques sont très nombreux et souvent encore lisibles par les équipements actuels.

À travers les quinze projets des années 1990 et 2000 retenus ici, l’objectif est double : présenter le processus de conception, montrer la façon dont l’approche numérique de l’architecture contribue à produire des bâtiments de façon fonctionnelle, rapide et économique, et avec plus de complexité qu’avant, et attirer l’attention sur la tâche importante de catalogage et conservation des archives numériques en gardant à l’esprit leur accessibilité dans le futur.

L’exposition met l’accent sur les éléments communs aux projets : par exemple, les maquettes 3D haute-fidélité permetttant la coordination des échelles et des équipes; les outils de visualisation de données où l’on simule les forces physiques afin d’optimiser les structures et les infrastructures, les logiciels de détection de conflits entre les systèmes.

S’il n’est pas évident pour les non spécialistes de comprendre les détails techniques livrés par les nombreux tableaux, plans et écrans affichés aux murs, il apparaît clairement que cet outillage représente pour les architectes et les ingénieurs un formidable gain de temps et une efficacité accrue dans le processus de réalisation des édifices.

Pour les commissaires et les organisateurs d’une telle exposition, la transmission et l’exposition de ce type de contenu représente aussi un fameux défi technique et didactique. Détail significatif, l’ambiance dématérialisée (il y a peu de maquettes 3 D) est trompeuse au sens où la plus grande précision rendue possible par l’outillage numérique génère dans le quotidien de la conception architecturale la production de plus d’imprimés encore.
Le parcours des salles s’articule autour de cinq thèmes en fonction desquels les aspects des projets sont détaillés : technologie 3 D haute–fidélité; topologie et topographie; photoréalisme; données; et, enfin, structure et revêtement.

Parfois, les objets sont interactifs et révèlent des performances techniques étonnantes, comme ces trois tables blanches vides où le seul objet exposé est une petite tablette que les visiteurs sont invités à manipuler pour donner corps à différentes données qui s’animent sur la surface.

Certaines images illustrent l’audace inouïe des architectes du 21ème siècle, notamment le BMW Welt (dont on montre le rendu de la charpente, 2003) construit près de Munich par Coop Himmelblau : aussi haut que le Panthéon de Rome, avec un toit dont la surface immense prend la forme d’un nuage et son double cône marquant l’entrée, ce centre d’événements et de présentation est une authentique folie architecturale qui serait restée à l’état de rêve sans l’outillage technologique dont les concepteurs s’entourent désormais.

Prototype d’habitation aux allures d’engin spatial organique, la Villa Nurbs d’Enric Ruiz Geli fait autant appel à l’artisanat (couverture en céramqiue) qu’à la haute technologie (les courbes de niveaux de sa coque de béton ont été conçues et tracées dans le coffrage par ordinateur).

Pour mieux accompagner ce moment crucial de l’histoire où, pour reprendre les termes du commissaire, « l’architecture a passé un cap dans le domaine du numérique au-delà duquel nombre de ces technologies pionnières sont devenues la norme », le CCA lance dès le 20 mai prochain sa nouvelle plateforme en ligne : elle a été conçue comme un projet éditorial évolutif qui, à côté des ressources et informations issues du CCA, accueillera les images, textes et vidéos d’un réseau étendu de collaborateurs. La plateforme se veut un outil de recherche accessible aux visiteurs de toute la planète.

Pour la publication de son programme Archéologie du numérique, il faut rappeler que le CCA a opté, depuis 2014, pour la combinaison des supports imprimés et électroniques (en format epub reformatable). Avec toutes ces initiatives, le débat sur l’architecture en sort plus que jamais gagnant.

Archéologie du numérique : Complexité et convention
Centre canadien d'architecture
1920, rue Baile
Montréal (Québec) H3H 2S6
Du 11 mai au 16 octobre 2016

Lucien-L'Allier/Guy-Concordia->
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