En 2001, peu de gens pensaient sérieusement à un agrandissement qui ne serait ni une relocalisation ni un réaménagement dans un local déjà existant. John Porter devait bien être le seul (ou presque) à croire que surgirait un jour un bâtiment imaginé, conçu et réalisé pour mettre en valeur les quelque 9 000 oeuvres d’art contemporain, la plupart assoupies dans les réserves du Musée.

Il était bien le seul à songer qu’une nouvelle construction donnerait enfin pignon sur rue, en l’occurrence la prestigieuse Grande Allée, au coeur de Québec, au musée dont il était alors le
directeur général. Et voilà que ce rêve vient de devenir une réalité qui répond en tous points aux exigences des muséologues les plus intransigeants.

Quelle force de conviction a dû déployer John Porter ! Quelle patience et quelle habileté aussi ! Il lui aura fallu rencontrer un mécène, Pierre Lassonde, ingénieur et homme d’affaires qui, en toute modestie, reconnaît avoir eu la chance d’avoir pu exploiter une mine d’or qui l’a rendu milliardaire. Pierre Lassonde, à la tête de Franco-Nevada Corporation, est aussi amateur d’art et collectionneur ; à la demande de John Porter, il a commencé par accepter de soutenir quelques projets du Musée, puis, en 2005, il en est devenu le président du conseil d’administration.

L’année 2007 est déterminante. Pendant que John Porter se démène auprès des autorités politiques, administratives et d’affaires qui, sans dire non, ne disent pas encore oui à «son » projet, Pierre Lassonde verse près de 4 millions de dollars pour acquérir le terrain occupé par le couvent des Dominicains – site idéal – afin qu’y soit bâti l’édifice tant espéré. Les gouvernements du Québec, puis du Canada, suivent et s’engagent à verser chacun 33,7 millions
de dollars.

Les choses se dessinent bien, mais John Porter n’est pas au bout de ses peines. En 2008, il troque son poste de directeur du Musée contre celui de président de la Fondation du Musée. C’est la condition pour avoir les coudées franches afin d’amasser le solde des 90 millions estimés nécessaires alors pour construire un édifice digne de se greffer à un musée « national ». Sur ce plan, rien n’est trop ambitieux pour son ami Pierre Lassonde qui veut que soit organisé un concours international d’architecture. Il a eu gain de cause.

En 2009, nommé commissaire du projet d’agrandissement du Musée, John Porter mène à bien les procédures qui aboutissent, à la fin du mois de février 2010, à la décision du jury d’experts. Ils choisissent à l’unanimité le concept présenté par la firme OMA (Office for Metropolitan Architecture) de Rotterdam (Pays-Bas) à laquelle est attaché le célèbre architecte Rem Khoolass, en partenariat avec le cabinet québécois Provencher Roy et Associés Architectes.

En septembre 2011, Line Ouellet est nommée directrice générale du Musée. Elle s’emploie à conduire la réalisation proprement dite du projet d’agrandissement. Parallèlement, John Porter coordonne la campagne de financement que mène la Fondation. Les résultats sont éloquents : Pierre Lassonde porte son engagement personnel à 10 millions (le futur pavillon portera son nom), Yvon Charest, au nom de l’Industrielle Alliance, et L.Jacques Ménard, au nom de BMO, versent 1 million de dollars chacun. La ville de Québec apporte un soutien de 5 millions.

À la fin du mois de mars 2014, l’objectif (32,5 millions de dollars) de la campagne de la Fondation est atteint à 80 %. En 2016, cet objectif n’est plus très éloigné. Quoi qu’il en soit, la partie est gagnée. Le Musée peut arborer fièrement sa nouvelle adresse civique : 179, Grande Allée Ouest.

Le mot pavillon appliqué à l’édifice inauguré le 22 juin est certes justifié dans la mesure où il s’agit d’une composante d’un ensemble plus vaste. Cependant, avec ses 15 000 mètres carrés, il occupe à lui seul presque la moitié de la surface de tous les autres bâtiments. Il a donc à lui seul l’envergure d’un musée à part entière : le voici de facto musée d’art contemporain de la capitale.

Il est décrit par Line Ouellet comme une oeuvre d’art architectural du XXIe siècle et, à ce titre, il est particulièrement désigné pour mettre en valeur des oeuvres d’art d’aujourd’hui. Assurément, la grâce de sa conception et l’élégance de ses lignes en font une attraction culturelle de plus pour la ville de Québec et l’ensemble du pays. Merci John Porter. Merci Line Ouellet.

Vous lirez dans ce numéro une description plus détaillée des atouts et des attraits du pavillon Pierre Lassonde.

Bonne lecture et bon été.

Bernard Lévy

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