Dans le quartier Côte-des-Neiges, le Centre Segal a officiellement ouvert ses portes en août 2008, prenant la succession du défunt Centre Saidye Bronfman. Depuis janvier 2011, il a une nouvelle corde à son arc : l’Espace Cinéma, une salle d’environ 80 places où films expérimentaux, documentaires personnels et performances multimédias se succèdent au rythme de quelques soirées par mois. Daïchi Saïto et Malena Szlam sont depuis l’automne 2010 à la barre de cet espace alternatif unique en son genre à Montréal. Malgré des dimensions modestes et un emplacement peu favorable au sous-sol de l’institution du chemin de la Côte-Sainte-Catherine, cette salle s’impose peu à peu comme un lieu incontournable de la marge montréalaise, nationale et internationale.

Dès l’automne 2011, la section Parallax Views, dédiée au documentaire, a programmé des films de Jay Rosenblatt, puis, dans la section Lightstruck, on a pu voir deux soirées consacrées à l’œuvre expérimentale de Janie Geiser, ainsi qu’une sélection de films de Jünger Reble et Thomas Köner. Les deux artistes allemands étaient de passage à Montréal en octobre pour réaliser une performance au Festival du nouveau cinéma. Si cette collaboration ne constituait pas une première pour les programmateurs de l’EspaceCinéma, ce fut une occasion unique pour le Centre Segal de sortir de ses murs pour aller à la rencontre de nouveaux publics. Ils donnent ici un avant-goût de ce que réserve la saison hiver-printemps 2012.

« Notre travail à l’EspaceCinéma, de souligner Daïchi Saïto et Malena Szlam, s’inscrit dans le sillon de ce que nous faisons au sein du collectif Double Négatif, à titre d’artistes — Saïto est cinéaste expérimental et Szlam, artiste en installation — et de programmateurs. Au Segal, on a la chance de rejoindre un autre public, et de faire découvrir des cinéastes et des artistes pluridisciplinaires émergents à des gens qui ne connaissent pas ou peu ces formes d’expression artistique. Au fil des ans, Double Négatif a permis la réalisation et la présentation d’œuvres personnelles lors de soirées sporadiques au Cinéma Parallèle, à la Cinémathèque québécoise ou encore à la Sala Rossa. Sans compter quelques collaborations avec le Festival du nouveau cinéma, dont la rétrospective Chick Strand, Senses and Sensibilities, en 2010. Avec l’EspaceCinéma, on peut diversifier notre action et nous adresser à un nouveau public, avec la même volonté de construire des ponts entre le cinéma et les autres arts.

C’est pour notre expertise en programmation et notre connaissance du milieu que le Segal nous a offert cette “carte blanche”. On nous a fait entièrement confiance pour établir le mandat de l’EspaceCinéma, mandat qui se décline selon trois axes principaux : Lightstruck, Parallax Views et pour les propositions à caractère interdisciplinaire Crossover. Parmi les activités de l’hiver 2012, nous présenterons l’édition en tournée du 49e Ann Arbor Film Festival (19 et 22 janvier), l’un des plus importants festivals de cinéma expérimental en Amérique. En février, il y aura un programme de courts métrages expérimentaux sélectionnés à même les archives de la Mel Hoppenheim School of Cinema de l’Université Concordia, ce qui permettra de revoir quelques bijoux réalisés au fil des 35 ans d’existence de ce programme d’études. Fin mars, le clou de la saison sera une rétrospective consacrée au cinéaste expérimental Phil Solomon1. Professeur à l’Université du Colorado à Boulder, Solomon s’est d’abord fait connaître pour ses collaborations avec Stan Brakhage. Il a par la suite développé une œuvre très personnelle dans laquelle il explore sans cesse les images en prise de vue réelle, le dessin sur pellicule, l’animation autant que les collages, intégrant parfois des éléments de found footage. C’est un artiste marquant de la scène expérimentale qui pratique la manipulation chimique de l’image. Il sera présent à Montréal.

Pour le mois de mai 2012, nous achevons la mise au point d’un programme composé de films de Tomonari Nishikawa, cinéaste et artiste japonais qui enseigne à la Binghampton University dans l’État de New York. Sa présence aux États-Unis nous permet de l’inviter. À ce jour, tous les artistes que nous avons reçus n’avaient jamais présenté leur travail à Montréal. L’aspect cinéma de notre programmation est bien en place, il reste encore à affirmer la portion performance, ce que nous espérons parvenir à concrétiser au terme de notre seconde année d’existence. » 

ESPACE CINÉMA DU CENTRE SEGAL
Rencontre avec Daïchi Saïto et Malena Szlam, les programmateurs
Centre Segal
5170, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal
Tél. : 514 739-7944

(1) En 2010, la National Gallery de Washington consacrait à Solomon une rétrospective tandis que la Corcoran Gallery of Art proposait une installation expressément réalisée par l’artiste pour l’un de ses espaces.