L’exposition de l’artiste multidisciplinaire et photographe Marc-André Goulet souligne 30 ans de lutte contre le sida. C’est le 3 juillet 1981 que le New York Times publiait le premier article sur cette épidémie dont les scientifiques attribuèrent la cause à la transmission du VIH, virus de l’immunodéficience humaine. La nouvelle secoua la planète entière. Le sida provoque un effet dévastateur sur les populations, et la médecine peine à circonscrire, et plus encore à traiter, cette maladie. Trois décennies plus tard, malgré les avancées de la science, le taux d’infection demeure encore préoccupant.

Sous le titre Blanc de mémoire, Marc-André Goulet tire avantage de l’actualité pour faire en sorte que la problématique du sida résiste à l’oubli. Pour cela, l’artiste a privilégié une démarche créative fondée sur le témoignage de 15 personnalités qui ont en commun de lutter contre le sida : médecins, intervenants sociaux, artistes. Il les a photographiés dans des lieux publics, désignés par eux, à Montréal et dans diverses régions. Personnifiant la mémoire collective, la présence d’une statue vivante s’insère dans le lieu, qui devient pour l’occasion un décor symbolique. Tour à tour, les visiteurs découvrent les motifs entourant le choix des endroits par les 15 protagonistes, issus principalement du milieu communautaire, ainsi que leurs commentaires sur la nécessité de poursuivre l’engagement dans la lutte contre cette maladie. Par exemple, Réjean Thomas, le président fondateur de la clinique médicale l’Actuel, a choisi d’être photographié en face du Palais des congrès de Montréal où avait lieu, en 1989, la cinquième conférence internationale sur le sida. Pour le médecin, ce lieu est significatif car il perpétue le souvenir d’un événement historique. C’est ce qu’il souligne dans un texte accompagnant l’œuvre et qui constitue un élément essentiel dans l’exposition. Il en est ainsi pour tous les autres acteurs photographiés, comme Marianne Tonnelier, directrice générale de Cactus Montréal, ou Louis Marie Gagnon, directeur général de Maison Plein Cœur, un organisme qui aide les personnes vivant avec le VIH-SIDA et qui s’est associé à l’Écomusée du fier monde pour produire l’événement.

Sur le plan esthétique, la démarche artistique de Marc-André Goulet s’inspire de l’art relationnel, car il rejoint les principes énoncés par Nicolas Bourriaud, son principal théoricien, pour qui l’art est un état de rencontre. Il stipule que la sphère des relations humaines reconfigure les pratiques artistiques en produisant des formes originales. C’est ce que nous percevons dans la démarche du photographe qui met en scène des personnes fortement impliquées socialement et qu’il fait interagir avec le public pour partager une idée. Les visiteurs sont eux-mêmes invités à écrire leurs propres témoignages. Les textes ainsi produits ont fait l’objet d’une lecture publique le 31 août 2011.

Si le travail de l’artiste reconnaît sa filiation à l’art relationnel, il se fonde aussi sur les critères de l’art engagé. Cet art ne se réduit pas à une stricte conception avant-gardiste militante. Selon Ève Lamoureux, auteure d’une imposante et intéressante étude sur le phénomène de l’art engagé au Québec1, cette forme d’art résiste d’une autre manière et agit sur plusieurs terrains. Dans le cas qui nous intéresse, le domaine d’intervention choisi par le photographe se rapporte à la santé publique, où la relation d’aide et l’intervention sociale auprès de personnes marginalisées demeurent essentielles, voire primordiales. En valorisant ce type d’action et en misant sur des créations soucieuses de l’autre, l’œuvre de Marc-André Goulet se traduit en une expérience artistico-politique, terme utilisé par Ève Lamoureux dans son essai. Indéniablement, le photo­graphe adopte une démarche de sensibilisation où l’action artis­tique se double d’une action citoyenne. L’intérêt de cette exposition réside notamment dans la manière dont l’artiste a réussi à articuler ces deux pôles. 

MARC-ANDRÉ GOULET BLANC DE MÉMOIRE
Écomusée du fier monde
2050, rue Amherst Montréal
Tél. : 514 528-8444
www.ecomusee.qc.ca
Du 26 mai au 16 septembre 2011

(1) Édité chez Écosociété en 2009, le livre s’intitule Art et politique : Nouvelles formes d’engagement artistique au Québec.