Les trois expositions de la saison estivale traduisent le double souci d’économie et d’opportunisme qu’affiche sans vergogne la direction du Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul. Le prétexte des coupures budgétaires qui affectent l’ensemble des musées au Québec n’est pas une excuse acceptable.

L’exposition principale Dialogues formels – Coups de cœur des grands collectionneurs se compose d’une quarantaine de tableaux et de près d’une dizaine de sculptures. L’ensemble se veut un témoignage partiel, mais significatif, de la modernité du Québec dans le champ des arts plastiques après la Seconde Guerre mondiale. Presque les deux tiers des œuvres réunies sont la propriété de Raymond Brodeur, la plupart des autres appartiennent à quelques-uns de ses amis. Raymond Brodeur a en outre largement contribué à la production qui accompagne l’exposition. La direction du Musée n’est donc pour rien (ou si peu) dans la conception de cette exposition reçue clé en main. Certes, l’excellent commissaire Martin Labrie a veillé à l’accrochage. C’était la moindre des choses.

Autre exposition entièrement extérieure au Musée : Andy Warhol s’affiche. Dans la pièce qui jouxte la grande salle, faute de place, les affiches et les couvertures de revues réalisées par Andy Warhol provenant de la collection de Paul Maréchal, historien de l’art, couvrent la totalité des murs, du plancher au plafond. Agréable surprise, l’ensemble ainsi comprimé est du plus bel effet.

Enfin, troisième contribution externe : Raymond Brousseau, peintures. À Québec, Raymond Brousseau s’est surtout fait connaître comme spécialiste de l’art inuit. Il a fait don de sa prestigieuse collection au Musée national des beaux-arts du Québec. Libéré de ses obligations, il a renoué avec sa vocation de peintre. Ses abstractions essentiellement composées de strates horizontales constituent des contributions picturales qui stylisent des paysages, vrais ou imaginaires, en s’appuyant sur des variations chromatiques à la fois subtiles et puissantes.

Pour sympathiques que soient ces expositions, elles n’en trahissent pas moins la dépendance du MACBSP à l’égard des initiatives externes, et donc un manque alarmant d’autonomie artistique. Enfin, en se limitant à des productions attachées à la modernité, le Musée ne justifie pas son appellation de musée d’art contemporain. 

DIALOGUES FORMELS – COUPS DE CŒUR DE GRANDS COLLECTIONNEURS
Commissaire : Martin Labrie

ANDY WARHOL S’AFFICHE 

RAYMOND BROUSSEAU : PEINTURES 
Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul
Du 28 juin au 13 octobre 2014