Souhaitant conduire un projet pédagogique auprès de mes élèves du secondaire inspiré des procédés visuels liés aux stories, j’ai créé un prototype de récit documentaire dont cet article fait état. Les stories ont été lancées par Snapchat en 2013 et renvoient à un type de publication sur les médias sociaux. Les images qu’elles donnent à voir s’affichent plein écran sur les téléphones mobiles et défilent automatiquement les unes après les autres.

En tant qu’enseignante en arts médiatiques au secondaire et chercheuse en éducation artistique intéressée par l’usage des plateformes sociales, je me suis penchée sur les possibilités de croisements innovants entre pratiques documentaires et pratiques visuelles liées à ces réseaux. Je me suis alors posé les questions suivantes : pourquoi les stories, de nature éphémère, se prêtent-elles bien à la création et à la transmission de récits ? Quel pourrait être l’impact de l’utilisation des stories sur les apprentissages des élèves ? Quels types de projets peuvent-elles engendrer ?

Emma June Huebner, Une force tranquille (2021) Capture d’écran
Emma June Huebner, Une force tranquille (2021). Capture d’écran

Les nouvelles technologies ont changé notre façon de raconter les histoires. Il n’est donc pas étonnant que l’utilisation généralisée des médias sociaux en soit venue à redéfinir le médium du cinéma. L’Office national du film figure parmi les premières institutions à avoir produit des films inspirés par le langage visuel des actualités d’Instagram (mieux connus sous le nom de stories). Les téléphones intelligents, quant à eux, ont facilité la prise de vidéos et ont eu un impact sur la création des images et sur l’expérience que nous en faisons1. Le format vertical de leurs écrans (à l’inverse de celui de la télévision) a permis l’émergence de nouveaux contenus créés spécifiquement pour lui.

Pour voir s’il était envisageable de réaliser, avec mes élèves du 2e cycle du secondaire, un projet inspiré des stories, une entrevue a d’abord été réalisée avec ma sœur à propos de son expérience du plein air. Par la suite, j’ai rédigé son récit à partir des informations qu’elle avait partagées et me suis enregistrée en train de le lire. Le tournage des images en format vertical a suivi et, lors du montage, de nombreux sons et séquences musicales ont été intégrés à la trame narrative. Pour terminer, j’ai juxtaposé le récit et les images pour ensuite y superposer le texte, et ce, en jouant avec son emplacement ainsi qu’avec les typographies, comme il est d’usage de le faire sur Instagram. De nature expérimentale et ancré dans la réalité des adolescentes et des adolescents2, ce projet pédagogique propose d’explorer les stories en tant qu’outil de création artistique dans la conception et le partage de récits hypermédiatiques. Il fait appel à la littératie médiatique et multimodale et vise à sensibiliser les élèves aux images consommées sur les médias sociaux. Il a également pour objectif de soutenir les enseignantes et les enseignants dans leur appropriation des nouvelles modalités médiatiques en classe d’art.

Emma June Huebner, Une force tranquille (2021) Capture d’écran
Emma June Huebner, Une force tranquille (2021). Capture d’écran

D’après mon expérience de création de ce prototype, un projet s’inspirant des procédés visuels propres aux stories pourrait très bien être transposé dans le cours d’arts médiatiques au secondaire. Il inciterait les élèves à explorer le potentiel de ces codes comme outil de création artistique et à développer leur esprit critique au regard de la culture visuelle propre aux médias sociaux. Bien que mon projet soit exigeant – il comprend plusieurs étapes et mobilise des compétences en montage assez complexes –, je pense qu’il saura inspirer mes élèves, car ce langage visuel leur est déjà familier. Soulignons toutefois que ce dernier est ici envisagé de façon élargie.

En effet, les pratiques visuelles liées aux stories encouragent l’entrecroisement de trois moyens de communication : textes et sons se superposent sur des images, enrichissant ainsi le contenu du message.

En effet, les pratiques visuelles liées aux stories encouragent l’entrecroisement de trois moyens de communication : textes et sons se superposent sur des images, enrichissant ainsi le contenu du message. Pour ces raisons, et parce que ce projet nécessite la composition d’un récit appelé à être lu à voix haute, il pourrait facilement être réalisé en collaboration avec des collègues d’autres matières scolaires. Il pourrait aussi alimenter des discussions de groupe permettant d’établir des ponts entre les arts et l’éducation aux médias. Dans le cas où le personnel enseignant est hésitant à utiliser ces plateformes sociales en classe, il importe alors de préciser que ce projet ne doit pas nécessairement prendre forme sur celles-ci. Des logiciels de montage standards utilisés dans la classe d’art peuvent effectivement être employés dans ce cas, l’enjeu central consistant plutôt à emprunter les codes visuels des stories pour réfléchir à leur utilisation et à les explorer de manière artistique. 

La mission de l’Association québécoise des enseignantes et enseignants spécialisés en arts plastiques est de promouvoir et de défendre la qualité de l’enseignement des arts, de stimuler la recherche et de favoriser le partage d’expériences pédagogiques.

1  Pour les références concernant les impacts des réseaux sociaux sur la création, voir Lev Manovich, Instagram and the Contemporary Image (Attribution-NonCommercial-NoDerivatives 4.0 International, 2017) et K. M. Ryan, « Vertical video: rupturing the aesthetic paradigm », Visual Communication, vol. 17, n° 2 (2018), p. 245-261.

2  Mentionnons que 9 jeunes sur 10, âgés entre 15 et 24 ans, fréquentent les médias sociaux (Schimmele et al., 2021) et que 97,9 % des utilisateurs d’Internet, dans la même tranche d’âge, possèdent un téléphone mobile (Statistique Canada, 2018). Cette tranche d’âge concerne les élèves du 2e cycle du secondaire puisqu’ils sont âgés de 15 à 17 ans.