Aux significations culturelles de l’art s’ajoutent des agents perceptuels qui proviennent de nous qui en faisons l’expérience, et l’ensemble de ces données peuvent créer l’œuvre : de là émerge un espace symbolique et sensoriel, auquel se greffe notre mémoire corporelle. La réception d’une œuvre d’art est un processus en constante réinvention.

Pour notre rubrique Perspectives, Marie-Eve G. Castonguay livre un plaidoyer pour amoindrir la hiérarchisation qui persiste entre l’art contemporain et les métiers d’art. Partant de l’idée que l’œuvre est générée par trace matérielle du geste, elle propose de nouvelles nomenclatures pour penser la création contemporaine. Pour son premier texte d’une série de deux sous la rubrique Chronique, Marie Perrault s’intéresse, chez Andréanne Godin, au sentiment de territorialité qui compose la psyché des œuvres, ou leurs sens sous-jacents, témoin de notre propre psyché qui cherche désormais à répondre à l’écoanxiété. Ces questions universelles trouvent leur sens dans l’exposition de Shary Boyle au Musée des beaux-arts de Montréal, qui cherche un antidote à l’angoisse face aux crises planétaires que l’on connaît trop bien. Présente en sous-texte des premières pages aux toutes dernières de ce numéro, cette question de la psyché de l’œuvre demeure. Claire Caland et Bertrand Rouby, pour notre rubrique Essai, étudient cette question en revenant sur une récente publication de l’historienne de l’art Katrie Chagnon. Dans son ouvrage, elle analyse l’inconscient des textes des philosophes Michael Fried et Georges Didi-Huberman, pour soulever les systèmes fantasmatiques qui apparaissent en arrière-scène de la théorie.

À l’automne, le Musée des beaux-arts du Canada présentait une rétrospective du travail de General Idea, collectif d’artistes de première importance sur la scène de la performance à partir des années 1970. Julie Oakes en propose un compte-rendu qui se lit comme un témoignage, puisqu’elle a côtoyé les artistes aux premiers temps de leur publication FILE Megazine. L’écriture sur l’art s’y révèle comme un témoin et s’offre comme une jonction entre l’histoire et la mémoire. Chez Raymonde April au 1700 La Poste, comme l’écrit Marie Claude Mirandette, c’est plutôt la mémoire affective se dégageant des œuvres qui crée le récit. À ceci s’ajoute l’interprétation de quiconque vit l’exposition, chaque histoire singulière oriente la signification des clichés photographiques.

La question de l’interprétation de l’œuvre sert de filon pour aborder le dossier, qui porte sur les sensorialités incarnées de l’art – sur des œuvres faisant appel aux conditions culturelles et personnelles du savoir transitant par les sens. L’art, puisant dans le corps pour créer une signification, peut aussi activer le vivant pour le rendre intelligible, de manière désanthropocentrée, ou pour mettre en doute la dualité corps-esprit. Nos deux portraits photographiques, en écho à ces enjeux, nous mènent dans les ateliers de Diyar Mayil et de Diane Gougeon. Mayil s’intéresse à l’inconfort par des matériaux rappelant la chair. Rencontrée après son exposition au Centre Clark, l’artiste confie que le thème de l’hospitalité est un prétexte pour parler d’expériences de déracinement. Chez Gougeon, qui venait d’installer ses papiers peints dans des lieux publics, la multiplication des sensorialités activées par l’œuvre cherche à mobiliser autour d’enjeux majeurs, à créer des situations qui sollicitent des réactions personnelles.

Enfin, retrouvez dans nos Lectures des retours sur des publications récentes, dont une qui puise dans les archives du couple d’artistes de Passillé-Sylvestre, et différentes Visites portant sur des artistes de perlage à la MacKenzie Art Gallery (Régina), Alex Pouliot au Centre Culturel Georges-Vanier, la danse en contexte d’exposition à la Galerie de l’UQAM, Sylvie Bouchard chez McBride Contemporain (Montréal), Sabrina Ratté à la Gaîté Lyrique (Paris) et la Biennale d’art performatif de Rouyn-Noranda.

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