En cette ère de saturation discursive, le slogan s’impose. Éloquent, succinct, percutant, immédiat, mémorisable, il circule à toute vitesse – des pancartes de manifestations aux campagnes publicitaires, en passant par les flux numériques continus des réseaux sociaux. Le slogan capte l’attention, exige un rythme, dicte des positions. Le slogan n’explique pas : il tranche. Il ne dialogue pas : il prononce. Sa formule promet une adhésion instantanée, une compréhension sans détour, une prise de position vive et souvent irréversible.
Dans ce régime d’énonciation accélérée, propre à l’économie contemporaine de l’attention, le slogan s’affirme comme une forme de langage condensée, contrainte et orientée. Il mobilise, certes, mais souvent au prix d’une réduction de la complexité des récits et des subjectivités. Et pourtant, le slogan demeure une stratégie, un véritable vecteur de déclaration. Il s’apparente à un cri de ralliement, à une prise de parole qui condense une préoccupation ou une urgence. On le retrouve dans les mots d’ordre scandés lors de rassemblements, dans les phrases en capitales brandies sur des affiches, ainsi que dans les hashtags et les mèmes qui circulent massivement en ligne, s’immisçant dans l’actualité par le biais de registres critiques, humoristiques ou satiriques. Le slogan peut mobiliser, émanciper ou contester. Il est à la fois appel à la liberté et rappel à la solidarité. Il refuse le silence, impose une présence, fait irruption tant dans la rue que sur nos dispositifs écraniques. Mais il peut aussi être récupéré, instrumentalisé et mis au service de logiques marchandes ou idéologiques. Acronyme, devise, expression – parfois à la limite du cliché –, manifeste ou punchline, il agit comme un opérateur d’adresse : il interpelle, cherche à convaincre, et peut même ordonner.
Mais que fait le slogan aux pratiques artistiques et aux discours critiques ? Que reste-t-il de la nuance et de la complexité, lorsque tout doit tenir en quelques mots ? Que produit cette compression du langage ? En art, le slogan est souvent lié à des contextes de rupture, de mobilisation, de militantisme ou de critique des institutions. Certain·e·s artistes s’en emparent pour en révéler les limites, en dévier les codes ou en exposer les impacts. D’autres y voient une manière d’inscrire leurs pratiques dans l’espace public afin de rendre visible une parole située, ancrée dans des contextes géohistoricosociopolitiques spécifiques. Penser le slogan aujourd’hui, c’est interroger sa puissance d’activation. C’est se demander : qui parle, à qui, pourquoi, et dans quelles conditions ? Le slogan engage une – ou des – voix, mais aussi une forme d’autorité. Il trace des lignes. Il peut unir, mais aussi exclure ; ouvrir des luttes ou, au contraire, refermer le débat.
Par ce numéro, nous invitons des propositions qui abordent le slogan comme logique, stratégie ou matériau, susceptible d’amplifier la portée des œuvres. Comment les artistes, auteur·rice·s et commissaires travaillent-iels avec – ou contre – le slogan ? Comment en déjouent-ils l’apparente évidence ? Peut-il encore défendre une parole critique sans se résilier dans les logiques de visibilité, et conserver sa pleine puissance de sens, de forme et d’action ? À vous de le saisir, de le déplacer, de le contredire, de le hurler, de l’écrire et de l’imager. Insérez votre slogan [ici] !
Dossier thématique
750 à 1000 mots
Ce corpus de textes est en lien avec une thématique qui interroge des enjeux actuels en arts, qui reflètent un certain état de notre société. Les articles soumis doivent apporter un angle nouveau et singulier sur le thème, en s’appuyant sur une étude de cas précise, un mouvement artistique ou une recherche approfondie.
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Récit visuel
Le dossier thématique contient également deux récits visuels. Ces propositions narratives présentent un corpus artistique qui explore les dialogues possibles entre image et texte. Réservée aux artistes, ceux·celles-ci sont invité·e·s à présenter une nouvelle itération de leur œuvre qui s’inscrira dans les pages de la revue. Le récit peut prendre plusieurs formes, et ce, en résonnance avec la thématique du numéro. Le processus créatif implique une conversation continue avec le responsable éditorial.
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