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Éditorial — L’effet Sullivan

Éditos

Avec ce 280e numéro, nous lançons la septième décennie de Vie des arts. Après tous ces décomptes, au-delà des milliers de pages écrites, éditées et (re)lues, nous constatons que notre périodique est plus que jamais un espace de réflexion, de transmission et de passation d’un patrimoine collectif. Vie des arts reste et marque. Encore à ce jour, nous continuons à parler d’art.

Dans ce numéro, qui multiplie les témoignages et additionne les héritages, nous nous tournons vers une figure dont l’apport nous semble à jamais inestimable. En 2023, Françoise Sullivan célébrait ses cent ans. Aujourd’hui, elle cumule les efforts consacrés à une pratique de la résilience et de l’émancipation. Artiste interdisciplinaire, avant même que le terme ne s’impose dans nos discours, elle a contribué tant par son investissement auprès des automatistes que par ses initiatives manifestes, comme la cosignature de Refus global (1948). Cette précurseure a traversé et bien souvent devancé les idéologies et les courants artistiques. Sullivan, avec de nouvelles manières de faire – en marge, plus expérimentales, intuitives, improvisées impulsives, militantes et en discontinuité –, était, dès le début des années 1940, une avant-avant-gardiste.

Par ce dossier intitulé L’effet Sullivan, nous célébrons et commémorons le parcours d’une figure ascendante, dont la portée s’est étendue dans le temps comme une onde. Ce numéro propose ainsi d’envisager, au-delà de son influence, l’« effet » qu’elle a eu et qui se poursuit encore. Cette incidence vise la résonance de toute une vie d’artiste.

Le dossier sillonne la carrière d’une artiste totale qui a toujours été au-delà de ce qui était attendu. Le portrait de Sullivan, capté par Guillaume Simoneau et rédigé par Florence-Agathe Dubé Moreau, nous invite dans un contexte d’amitié, de confiance et de confidence.

Le corpus de textes qui suit nous offre des témoignages de personnes ayant rencontré Sullivan. Leurs écrits servent de repères spatio-temporels qui (ré)attestent, ici et maintenant, des périodes charnières et certains interstices de sa vie d’artiste. Ses actions du passé sont réactualisées à travers les récits visuels présentés, notamment avec le palimpseste de partitions gestuelles de Betty Pomerleau – inspiré par la remarquable Danse dans la neige (1948) –, puis avec l’hommage de Steve Giasson, qui réaffirme la nécessité et la persistance des références associées à son œuvre Rencontre avec Apollon archaïque (1974). Le dossier nous télescope également au centre d’artistes La Chambre Blanche, à l’intervalle des années 1970 et 1980, avec une Raymonde April ostensiblement animée par les photographies – et la présence – de Sullivan. Dans cette filiation, la pratique chorégraphique de My-Van Dam est mise en parallèle avec celle de la grande dame, comparant ainsi leurs approches intersectionnelles de résistance et de guérison. Quant à lui, le poème déambulatoire de Maude Veilleux donne à lire une reconstitution de la Promenade entre le Musée d’art contemporain et le Musée des beaux-arts de Montréal (1970). Enfin, une analyse méthodique nous démontre de quelles façons les œuvres récentes de Sullivan prolongent l’héritage du Refus global en renouvelant une quête de l’immatériel, à la limite du spirituel.

Après 280 saisons, nous marquons un recommencement, tant pour Vie des arts, que pour celle qui a fait la couverture de notre périodique il y a tout juste 20 ans. À l’image de cette icône intemporelle, ce numéro aspire à être une mémoire vivante et vibrante.

Jean-Michel Quirion

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